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Maillol et les Nabis

Maillol et les Nabis

Thématique

Maillol et les Nabis​

 

5 MINUTES

Maillol et les Nabis

 

temps de lecture : 1h30m

Introduction

« Maillol avait su se choisir des amis. Il s’était lié avec Édouard Vuillard, avec K.-X. Roussel, avec Pierre Bonnard et Louis Valtat, à qui se joindront bientôt Maurice Denis, Paul Signac et Henri Matisse » explique Judith Cladel, biographe d’Aristide Maillol.

 

L’étude du cercle d’un artiste est souvent révélatrice de l’évolution de son œuvre. Dans le cas de Maillol, celui-ci est souvent rattaché au groupe des Nabis, qu’il rencontre en 1894 et qui laisse une forte impression sur les productions du début de carrière du jeune homme. Pour autant, même s’il est affilié à ce groupe de la fin du XIXème siècle, il n’en fera jamais tout à fait partie.

Anonyme, Bonnard, Maillol, Vuillard, Vallotton, non daté, Paris, Archives Fondation Dina Vierny - Musée Maillol. © Archives Fondation Dina Vierny - Musée Maillol.

Introduction

« Maillol avait su se choisir des amis. Il s’était lié avec Édouard Vuillard, avec K.-X. Roussel, avec Pierre Bonnard et Louis Valtat, à qui se joindront bientôt Maurice Denis, Paul Signac et Henri Matisse » explique Judith Cladel, biographe d’Aristide Maillol.

L’étude du cercle d’un artiste est souvent révélatrice de l’évolution de son œuvre. Dans le cas de Maillol, celui-ci est souvent rattaché au groupe des Nabis, qu’il rencontre en 1894 et qui laisse une forte impression sur les productions du début de carrière du jeune homme. Pour autant, même s’il est affilié à ce groupe de la fin du XIXème siècle, il n’en fera jamais tout à fait partie.

Anonyme, Bonnard, Maillol, Vuillard, Vallotton, non daté, Paris, Archives Fondation Dina Vierny - Musée Maillol. © Archives Fondation Dina Vierny - Musée Maillol.

“ (Maillol) est souvent rattaché au groupe des Nabis, qu’il rencontre en 1894 et qui laisse une forte impression sur les productions du début de carrière du jeune homme. Pour autant, même s’il est affilié à ce groupe de la fin du XIXème siècle, il n’en fera jamais tout à fait partie.”

Qui sont les Nabis ?

Le terme Nabis (issu de l’hébreu nevi’im signifiant « prophètes » ou « inspirés de Dieu ») désigne un groupe d’artistes actifs à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles, unis par une volonté commune de s’affranchir des conventions académiques. Leur mouvement trouve son origine en 1888, lorsqu’une œuvre de Paul Sérusier, Le Talisman, l’Aven au Bois d’Amour, réalisée sous les conseils de Paul Gauguin à Pont-Aven, suscite de vifs débats parmi les étudiants de l’Académie Julian et de l’École des Beaux-Arts. Encouragé par Gauguin à s’éloigner de la simple imitation de la nature et à privilégier une approche symbolique et décorative, Sérusier forme le groupe des Nabis, composé de ses amis proches, Maurice Denis, Edouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Paul Ranson, Pierre Bonnard, René Piot et Henri-Gabriel Ibels.

Ne possédant pas d’unité stylistique particulièrement définie, leur approche plastique varie et reflète leurs différentes perceptions d’un art nouveau. On distingue deux branches distinctes : d’un côté, on retrouve des représentations du sacré et de la spiritualité (Maurice Denis) tandis que de l’autre, c’est un art du profane, avec des scènes issues de de la vie moderne, du quotidien mondain (Vuillard ou Bonnard). Les Nabis partagent néanmoins une volonté commune de rompre avec les codes du réalisme et de la peinture académique ainsi qu’un désir d’élaborer un langage pictural fondé sur la synthèse et l’expressivité. Héritiers des théories de Gauguin et du synthétisme, ils conçoivent l’art comme un moyen de transposition subjective de la réalité, où le décoratif occupe une place centrale. Leur esthétique, caractérisée par des aplats colorés cernés de lignes sombres inspirées des estampes japonaises, l’usage d’arabesques et d’une profusion du décor annonce les débuts de la peinture moderne.

À partir de 1891, d’autres artistes commencent à rejoindre le cercle des Nabis, notamment Félix Vallotton, Georges Lacombe et Aristide Maillol. Cette période est particulièrement charnière dans le parcours de ce dernier, qui sort tout juste de l’École des Beaux-Arts, désabusé de cet enseignement et cherchant à se faire une place dans le monde l’art grâce à sa peinture. C’est par l’intermédiaire du peintre hongrois József Rippl-Rónai que Maillol fait la rencontre du groupe des Nabis en 1894, avec qui il partage une fervente admiration pour Gauguin ainsi qu’un intérêt pour l’expérimentation de différents médiums artistiques. « C’est Gauguin et Maurice Denis qui, après mon départ de l’École, ont commencé à m’ouvrir les yeux ; c’est grâce à eux que j’ai franchi les premiers échelons de l’intelligence… »

En janvier 1896, les Nabis invitent Maillol à exposer avec eux à la dixième exposition des Impressionnistes et Symbolistes à la galerie Le Barc de Boutteville.

“ (Maillol) est souvent rattaché au groupe des Nabis, qu’il rencontre en 1894 et qui laisse une forte impression sur les productions du début de carrière du jeune homme. Pour autant, même s’il est affilié à ce groupe de la fin du XIXème siècle, il n’en fera jamais tout à fait partie.”

Des affinités artistiques

L’influence du mouvement Nabi dans l’œuvre de Maillol est fortement présente, tout particulièrement au début de sa carrière dans les années 1890. A cette époque, le jeune catalan expérimente encore avec la peinture, réalisant diverses commandes de portraits. Les personnes qu’il représente apparaissent dans des paysages ou alors sur des fonds non figuratifs. L’artiste privilégie les portraits de profil, se concentrant sur le modèle tandis que le décor reste abstrait et constitué de quelques éléments symbolisant la nature. Maillol porte son intérêt sur la recherche de synthèse, sur le traitement en aplat et sur la volonté de créer un art décoratif. Fortement influencé par Gauguin, on peut également ressentir une inspiration Nabi dans certaines de ses œuvres comme Jeune fille cueillant des herbes de 1894 (Ill. 1), au paysage marqué par le synthétisme des plages de couleurs pures ou encore avec Les Lavandières de 1896 (Ill. 2), où le traitement du motif des vêtements vient se confondre au sein de la végétation luxuriante avec une touche picturale qui n’est pas sans rappeler celle de Vuillard ou Bonnard.

ill 2. Aristide Maillol, Les Lavandières, 1896, Huile sur toile, H. 64 cm ; L. 80 cm, Collection particulière. © RMN-Fonds Druet-Vizzavona

Comme les Nabis, Maillol commence à expérimenter d’autres médiums. Au début, c’est l’art de la tapisserie qui l’intéresse, ayant pour habitude de se rendre au musée de Cluny pour admirer les tapisseries qui y sont conservées comme La Dame à la Licorne. En 1895, le jeune catalan installe un atelier dans sa maison de Banyuls et engage plusieurs ouvrières. Les tapisseries de Maillol se caractérisent un goût prononcé pour les arabesques décoratives et une absence de perspective. On ressent clairement cette inspiration médiévale avec l’importance du décor végétal et la délimitation de l’image par des bordures (Ill. 3). Certains de ses cartons de tapisserie dénotent par ailleurs d’une forte touche Nabi comme celui de L’escarpolette (Ill. 4), où l’artiste expérimente avec la tonalité et le motif sur ses essais avant de les traduire en broderie. Naturellement intrigué par l’expérimentation de nouvelles techniques, Maillol s’essaye ensuite à la céramique à partir de la terre d’un gisement d’argile à Banyuls et réalise de nombreuses statuettes, après quelques tentatives concluantes de sculptures sur bois. Quand l’artiste arrête sa production de tapisseries à cause de problèmes de vue à son œil droit, il se voue entièrement à la sculpture, qu’il incorpore à des ensembles décoratifs : fontaines, vases, miroirs, marteaux de porte, décors de pendule… (Ill. 5)

ill 5. Aristide Maillol, Fontaine, vers 1900-1902, Terre vernissée et bois, H. 114,7 cm ; L. 59 cm ; P. 39 cm, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © Musée d’Orsay/ Sophie Crépy.

Ainsi, un certain nombre des recherches artistiques de Maillol viennent faire écho à celles des Nabis, à travers son esprit d’expérimentation et ses recherches formelles. Comme ces derniers, il s’intéresse à la place du décor dans l’art contemporain, ainsi qu’au renouveau des arts décoratifs. Quand il envoie un bas-relief en plâtre de Femme au bain au catalogue de la Société Nationale en 1903, il attire l’attention des Nabis. « Il ne faut pas rester ici » lui disent Roussel et Vuillard, en le visitant à Villeneuve-Saint-Georges. « Venez avec nous ; vous verrez Bonnard, vous verrez Maurice Denis. »

ill 1. Aristide Maillol, Jeune fille cueillant des herbes, dit aussi La ramasseuse d’herbe, vers 1894-1896, Huile sur panneau, H. 42 cm ; L. 34 cm, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol

Quand il rencontre le groupe en 1894, Maillol découvre leur recherche artistique autour de l’art total. Désirant intégrer l’art au sein de la vie quotidienne, les Nabis s’intéressent à une pluralité de techniques et médiums à exploiter, notamment au travail de la céramique, de vitraux, de meubles, d’affiches et bien d’autre encore.  « Des murs, des murs à décorer ! » réclament-ils, créant des décors d’intérieur, des meubles, papiers peints mais également des décors d’église, de théâtre…

ill 3. Aristide Maillol, Le Jardin enchanté, 1899, Tapisserie, Laine brodée avec applications de passementerie de fils de métal, de soie et de coton, H. 196 ; L. 107 cm, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi

ill 4. Aristide Maillol, Carton de tapisserie de L’escarpolette, 1896, Huile sur carton, H. 21,5 cm ; L. 26,6 cm, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol

Des amitiés de longue date

Outre leurs similarités artistiques, Aristide Maillol se lie d’amitié avec plusieurs des membres du groupe des Nabis. On peut notamment citer József Rippl-Rónai (1861-1927) qu’il rencontre par l’intermédiaire d’un peintre écossais du nom de James Pitcairn-Knowles, et avec qui il partage une passion pour le peintre Puvis de Chavannes. Les deux amis s’inspirent l’un l’autre : Rippl-Rónai s’intéresse aux arts décoratifs, dont la broderie et la tapisserie grâce à Maillol tandis qu’il encourage lui-même le catalan à se tourner vers la sculpture.

De septembre à décembre 1899, Rippl-Rónai séjourne à Banyuls-sur-Mer, village natal de Maillol, qui l’y invite. Cette période est particulièrement marquante pour la formation de l’artiste hongrois qui modifie entièrement sa palette de couleurs, échangeant ses teintes très sombres pour des couleurs plus chaudes et lumineuses. Le portrait qu’il réalise de Maillol cette même année (Ill. 6) en est un parfait exemple, bien qu’il garde son économie de moyens et sa rapidité d’exécution, comme celui-ci le confie à Henri Frère : « Il l’a fait très vite, en une séance. Je portais un panama magnifique que m’avait donné l’ami écossais. C’était l’époque où je n’avais pas le sou. […] C’est avec ce panama que le peintre hongrois a fait mon portrait. Il faisait des choses pas mal. C’était l’homme le plus gentil du monde. Nous étions très amis. » Par la suite, Rippl-Rónai exécute d’autres portraits de son ami banyulenc sur divers supports : huile sur toile, pastel, …

ill 6. Jozsef Rippl-Rónai, Aristide Maillol, 1899, Huile sur toile, H. 100 cm ; L. 74,7 cm., Don Alexandre Petrovics, 1936, Paris, Musée d’Orsay. © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

ill 7. Édouard Vuillard, Nature morte avec Léda, vers 1902, Huile sur carton, H. 60 cm ; L.79,5 cm, Aerdenhout, Pays-Bas, April in Paris Fine Arts. © Peter Cox

ill 8. Edouard Vuillard, Portrait d’Aristide Maillol, 1930-1935, Peinture à la colle sur toile, H. 115 cm ; L. 119 cm, Musée d’Art moderne de Paris. © Jean-Yves Trocaz/Parisienne de Photographie.

Enfin, certaines de leurs œuvres sont intéressantes à mettre en parallèle, notamment La Femme à l’ombrelle de Maillol et la Femme à la cage de l’artiste hongrois. Réalisés la même année, ces deux tableaux représentent une femme de profil, prenant toute la hauteur de l’œuvre dans un arrière-plan simplifié à l’extrême. Toutes les deux semblent être absorbées dans leurs pensées. Ces œuvres dialoguent aussi par leurs contrastes : d’un côté une scène quotidienne, de plein air à la lumière naturelle, et de l’autre une atmosphère nocturne dans un intérieur clos à la lumière artificielle.

 

Arrivés en France au tout début de l’été 1914, Rippl-Rónai et sa famille se retrouvent pris au piège par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. A cause de leur nationalité hongroise, ils sont soupçonnés d’espionnage et internés pendant de longs mois. C’est grâce à l’intervention conjointe de Maillol, Maurice Denis et Édouard Vuillard que la famille est enfin libérée et rejoint la Hongrie en mars 1915. Bien qu’il ne se revoient plus par la suite, Maillol et Rippl-Rónai ont continué à entretenir une correspondance jusqu’au décès de Rippl-Rónai en 1927.

 

Parmi les relations qu’il développe au sein du groupe des Nabis, celle que Maillol entretient avec Edouard Vuillard (1868 – 1940) est particulièrement significative pour sa carrière comme il l’explique lui-même à Judith Cladel :

 

« C’est Vuillard auquel je dois tout. J’étais dans une telle misère que je serais retourné planter des choux chez nous, si Vuillard ne m’avait pas amené le prince Bibesco dans mon atelier. Je ne vendais rien. Mais eux deux partirent avec les poches bourrées de tout ce que j’avais fait, et puis après, la princesse Bibesco mère m’a acheté des tapisseries. C’est comme ça que j’ai pu continuer. C’est Vuillard qui m’a fait. »

 

En effet, le « Nabi zouave » fait tout pour permettre à Maillol de se faire une place sur la scène artistique. Grand amateur du travail de tapisserie de Maillol, il lui présente le prince Emmanuel Bibesco, collectionneur d’art d’origine roumaine, son frère Antoine Bibesco puis sa mère la princesse Hélène Bibesco. Ces derniers sont les premiers mécènes de Maillol et ils lui feront la commande de plusieurs tapisseries comme Concert de femmes ou Concert champêtre en 1895, La Nymphe et Les Trois Jeunes Filles en 1898 ou encore Musique pour une princesse qui s’ennuie en 1902.

 

En 1900, Vuillard lui présente le marchand d’art et galeriste Ambroise Vollard (1866-1939), qui vient visiter son atelier à Villeneuve-Saint-Georges. À cette époque, l’artiste banyulenc réalise des petites sculptures en terre cuite qui séduisent Vollard, à tel point que celui-ci finit par financer la construction d’un four et les acheter pour les faire éditer en bronze. Vuillard se retrouve ainsi étroitement associé aux débuts de la sculpture de Maillol.

 

Enfin, Maillol et ses œuvres apparaitront dans un certain nombre de toiles du peintre Nabi. La statuette Léda figure dans de nombreuses natures mortes de son ami (Ill. 7) qui en possède d’ailleurs un exemplaire en terre cuite blanche de Marly. Vers 1930, le Vuillard réalise une série de quatre portraits représentant ses amis, Maillol, Roussel, Bonnard et Denis, qu’il intitulera plus tard Les Quatre Anabaptistes. Cette série est une forme d’ode à ses confrères, les illustrant absorbés dans leur travail. Dans le portrait de Maillol (Ill. 8), celui-ci travaille dans son atelier de Marly-le-Roi à la pierre du Monument à Cézanne.

Maillol rencontre Bonnard (1867-1947) vers 1895, quelques temps après avoir fait la connaissance du groupe des Nabis. Bonnard, passionné par les arts décoratifs, admire les tapisseries et les broderies de Maillol tandis que ce dernier apprécie son utilisation des couleurs qui permet à la forme de se libérer du dessin, comme il l’explique à Brassaï dans Les artistes de ma vie : « J’aime Bonnard ! Lui, c’est l’invention de la couleur. Ses gammes sont parfois d’une violence, d ’une audace incroyables. Or, tout cela tient, tout est en place. Il ne faut pas chercher la forme chez lui…Bonnard s’en fout royalement. Il exprime tout par taches de couleurs. »

 

Dans une lettre adressée à Rippl-Rónai en 1911, le Banyulenc lui écrit : « Il y a six mois que je n’ai pas vu Vuillard. Celui que je vois le plus c’est Denis et Matisse aussi Bonnard qui est très gentil [sic]. Je le vois une fois par an, il fait de bien belles peintures. » Pendant le printemps, Bonnard a pour habitude de quitter Paris et de venir travailler à Montval, à L’Étang-la-Ville, à Vernouillet ou à Médan où il loue durant plusieurs mois des maisons entourées de jardins. Ce changement de paysage lui permet de se rapprocher de Maillol, installé à Marly-le-Roi. Il affectionne également ses petites sculptures que beaucoup de Nabis possèdent et qu’il reproduit à maintes reprises dans ses tableaux. Dans l’album de dessins La Vie du peintre, Bonnard se représente dans la galerie de Vollard, auprès du galeriste, avec Renoir, Degas et Pissarro. Se trouve également une statuette de La Baigneuse de Maillol, le rendant présent indirectement. Elle est debout, nue, coiffée d’un chignon, son bras gauche derrière le dos. Bonnard prend plaisir à représenter cette statue de baigneuse dont plusieurs de ses contemporains possèdent un exemplaire comme Rodin, Denis ou Vollard. Le marchand vit d’ailleurs durablement avec des exemplaires de cette statue car quand Bonnard réalise son portrait, elle figure sur un dessus de cheminée en arrière-plan.

 

Bonnard lui-même possède une version de La Baigneuse, qui l’accompagna toute sa vie durant comme en témoigne son portrait peint par Vuillard pour la série des Anabaptistes (Ill. 9), celle-ci représentée en fond ou encore dans son propre tableau Hommage à Maillol de 1917 (Ill. 10) La présence des statuettes de Maillol dans les œuvres de ses contemporains représente un touchant hommage de la part des amis du sculpteur.

ill 10. Bonnard, Hommage à Maillol, 1917, Huile sur toile, H. 121 cm;  L. 47 cm, Philadelphia Museum of Art. © The Louis E. Stern Collection

“ C’est Vuillard auquel je dois tout. J’étais dans une telle misère que je serais retourné planter des choux chez nous, si Vuillard ne m’avait pas amené le prince Bibesco dans mon atelier. ”

Aristide Maillol

ill 9. Edouard Vuillard, Portrait de Pierre Bonnard, 1930-1935, Peinture à la colle sur toile, H. 114,5 cm ; L. 146,5 cm, Musée d’Art moderne de Paris. © Eric Emo/Parisienne de Photographie. En arrière-plan à droite, posée sur cheminée, on peut reconnaître la Baigneuse (vers 1900) d’Aristide Maillol.

Avec les encouragements de Maillol, Bonnard se met à la sculpture à l’aube du XXème siècle. Un de ces petits bronzes Baigneuse assise contre un rocher, son bras droit derrière la tête (Ill. 11) reprend alors la thématique de ces femmes aquatiques qui apparaissent dans l’œuvre de plusieurs Nabis, comme un hommage aux figures féminines de Gauguin. Il est assez facile d’y retrouver également une référence aux statuettes Maillol qui sont désormais devenues une référence pour ses contemporains.

ill 11. Edouard Vuillard, Portrait de Pierre Bonnard, 1930-1935, Peinture à la colle sur toile, H. 114,5 cm ; L. 146,5 cm, Musée d’Art moderne de Paris. © Eric Emo/Parisienne de Photographie. En arrière-plan à droite, posée sur cheminée, on peut reconnaître la Baigneuse (vers 1900) d’Aristide Maillol.

Qui sont les Nabis ?

Le terme Nabis (issu de l’hébreu nevi’im signifiant « prophètes » ou « inspirés de Dieu ») désigne un groupe d’artistes actifs à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles, unis par une volonté commune de s’affranchir des conventions académiques. Leur mouvement trouve son origine en 1888, lorsqu’une œuvre de Paul Sérusier, Le Talisman, l’Aven au Bois d’Amour, réalisée sous les conseils de Paul Gauguin à Pont-Aven, suscite de vifs débats parmi les étudiants de l’Académie Julian et de l’École des Beaux-Arts. Encouragé par Gauguin à s’éloigner de la simple imitation de la nature et à privilégier une approche symbolique et décorative, Sérusier forme le groupe des Nabis, composé de ses amis proches, Maurice Denis, Edouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Paul Ranson, Pierre Bonnard, René Piot et Henri-Gabriel Ibels.

Ne possédant pas d’unité stylistique particulièrement définie, leur approche plastique varie et reflète leurs différentes perceptions d’un art nouveau. On distingue deux branches distinctes : d’un côté, on retrouve des représentations du sacré et de la spiritualité (Maurice Denis) tandis que de l’autre, c’est un art du profane, avec des scènes issues de de la vie moderne, du quotidien mondain (Vuillard ou Bonnard). Les Nabis partagent néanmoins une volonté commune de rompre avec les codes du réalisme et de la peinture académique ainsi qu’un désir d’élaborer un langage pictural fondé sur la synthèse et l’expressivité. Héritiers des théories de Gauguin et du synthétisme, ils conçoivent l’art comme un moyen de transposition subjective de la réalité, où le décoratif occupe une place centrale. Leur esthétique, caractérisée par des aplats colorés cernés de lignes sombres inspirées des estampes japonaises, l’usage d’arabesques et d’une profusion du décor annonce les débuts de la peinture moderne.

À partir de 1891, d’autres artistes commencent à rejoindre le cercle des Nabis, notamment Félix Vallotton, Georges Lacombe et Aristide Maillol. Cette période est particulièrement charnière dans le parcours de ce dernier, qui sort tout juste de l’École des Beaux-Arts, désabusé de cet enseignement et cherchant à se faire une place dans le monde l’art grâce à sa peinture. C’est par l’intermédiaire du peintre hongrois József Rippl-Rónai que Maillol fait la rencontre du groupe des Nabis en 1894, avec qui il partage une fervente admiration pour Gauguin ainsi qu’un intérêt pour l’expérimentation de différents médiums artistiques. « C’est Gauguin et Maurice Denis qui, après mon départ de l’École, ont commencé à m’ouvrir les yeux ; c’est grâce à eux que j’ai franchi les premiers échelons de l’intelligence… »

En janvier 1896, les Nabis invitent Maillol à exposer avec eux à la dixième exposition des Impressionnistes et Symbolistes à la galerie Le Barc de Boutteville.

ill 1. Aristide Maillol, Jeune fille cueillant des herbes, dit aussi La ramasseuse d’herbe, vers 1894-1896, Huile sur panneau, H. 42 cm ; L. 34 cm, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol

Des affinités artistiques

L’influence du mouvement Nabi dans l’œuvre de Maillol est fortement présente, tout particulièrement au début de sa carrière dans les années 1890. A cette époque, le jeune catalan expérimente encore avec la peinture, réalisant diverses commandes de portraits. Les personnes qu’il représente apparaissent dans des paysages ou alors sur des fonds non figuratifs. L’artiste privilégie les portraits de profil, se concentrant sur le modèle tandis que le décor reste abstrait et constitué de quelques éléments symbolisant la nature. Maillol porte son intérêt sur la recherche de synthèse, sur le traitement en aplat et sur la volonté de créer un art décoratif. Fortement influencé par Gauguin, on peut également ressentir une inspiration Nabi dans certaines de ses œuvres comme Jeune fille cueillant des herbes de 1894 (Ill. 1), au paysage marqué par le synthétisme des plages de couleurs pures ou encore avec Les Lavandières de 1896 (Ill. 2), où le traitement du motif des vêtements vient se confondre au sein de la végétation luxuriante avec une touche picturale qui n’est pas sans rappeler celle de Vuillard ou Bonnard.

ill 2. Aristide Maillol, Les Lavandières, 1896, Huile sur toile, H. 64 cm ; L. 80 cm, Collection particulière. © RMN-Fonds Druet-Vizzavona

Quand il rencontre le groupe en 1894, Maillol découvre leur recherche artistique autour de l’art total. Désirant intégrer l’art au sein de la vie quotidienne, les Nabis s’intéressent à une pluralité de techniques et médiums à exploiter, notamment au travail de la céramique, de vitraux, de meubles, d’affiches et bien d’autre encore.  « Des murs, des murs à décorer ! » réclament-ils, créant des décors d’intérieur, des meubles, papiers peints mais également des décors d’église, de théâtre…

A commencer par le thème des femmes agenouillées de Maillol, représentées à maintes reprises à travers son œuvre, qui pourrait presque être vu comme une inspiration directe des silhouettes égyptienne. Ayant beaucoup étudié le corps féminin sous différentes postures, Maillol réalise plusieurs petites statuettes (Ill. 2) où une femme est assise à genoux sur ses talons, les mains posées sur les cuisses. Exprimant une immobilité parfaite, dans une pose méditative, elle affirme une ressemblance avec le sujet classique des statues agenouillées d’Égypte (Ill. 3).

ill 3. Statue de Nakhthorheb, chef des prêtres, sculpture en quartzite, vers 590 av. J.-C. (26e dynastie, règne de Psammétique), H. 148 cm ; L. 54 cm ; P. 70 cm, Paris, Musée du Louvre, département des antiquités égyptiennes. © 2013 Musée du Louvre, Dist. Grand Palis RMN / Christian Décamps

ill 4. Statue de Nakhthorheb, chef des prêtres, sculpture en quartzite, vers 590 av. J.-C. (26e dynastie, règne de Psammétique), H. 148 cm ; L. 54 cm ; P. 70 cm, Paris, Musée du Louvre, département des antiquités égyptiennes. © 2013 Musée du Louvre, Dist. Grand Palis RMN / Christian Décamps

ill 5. Aristide Maillol, Fontaine, vers 1900-1902, Terre vernissée et bois, H. 114,7 cm ; L. 59 cm ; P. 39 cm, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © Musée d’Orsay/ Sophie Crépy

Ainsi, un certain nombre des recherches artistiques de Maillol viennent faire écho à celles des Nabis, à travers son esprit d’expérimentation et ses recherches formelles. Comme ces derniers, il s’intéresse à la place du décor dans l’art contemporain, ainsi qu’au renouveau des arts décoratifs. Quand il envoie un bas-relief en plâtre de Femme au bain au catalogue de la Société Nationale en 1903, il attire l’attention des Nabis. « Il ne faut pas rester ici » lui disent Roussel et Vuillard, en le visitant à Villeneuve-Saint-Georges. « Venez avec nous ; vous verrez Bonnard, vous verrez Maurice Denis. »

Des amitiés de longue date

Outre leurs similarités artistiques, Aristide Maillol se lie d’amitié avec plusieurs des membres du groupe des Nabis. On peut notamment citer József Rippl-Rónai (1861-1927) qu’il rencontre par l’intermédiaire d’un peintre écossais du nom de James Pitcairn-Knowles, et avec qui il partage une passion pour le peintre Puvis de Chavannes. Les deux amis s’inspirent l’un l’autre : Rippl-Rónai s’intéresse aux arts décoratifs, dont la broderie et la tapisserie grâce à Maillol tandis qu’il encourage lui-même le catalan à se tourner vers la sculpture.

De septembre à décembre 1899, Rippl-Rónai séjourne à Banyuls-sur-Mer, village natal de Maillol, qui l’y invite. Cette période est particulièrement marquante pour la formation de l’artiste hongrois qui modifie entièrement sa palette de couleurs, échangeant ses teintes très sombres pour des couleurs plus chaudes et lumineuses. Le portrait qu’il réalise de Maillol cette même année (Ill. 6) en est un parfait exemple, bien qu’il garde son économie de moyens et sa rapidité d’exécution, comme celui-ci le confie à Henri Frère : « Il l’a fait très vite, en une séance. Je portais un panama magnifique que m’avait donné l’ami écossais. C’était l’époque où je n’avais pas le sou. […] C’est avec ce panama que le peintre hongrois a fait mon portrait. Il faisait des choses pas mal. C’était l’homme le plus gentil du monde. Nous étions très amis. » Par la suite, Rippl-Rónai exécute d’autres portraits de son ami banyulenc sur divers supports : huile sur toile, pastel, …

ill 6. Statue de Nakhthorheb, chef des prêtres, sculpture en quartzite, vers 590 av. J.-C. (26e dynastie, règne de Psammétique), H. 148 cm ; L. 54 cm ; P. 70 cm, Paris, Musée du Louvre, département des antiquités égyptiennes. © 2013 Musée du Louvre, Dist. Grand Palis RMN / Christian Décamps

Enfin, certaines de leurs œuvres sont intéressantes à mettre en parallèle, notamment La Femme à l’ombrelle de Maillol et la Femme à la cage de l’artiste hongrois. Réalisés la même année, ces deux tableaux représentent une femme de profil, prenant toute la hauteur de l’œuvre dans un arrière-plan simplifié à l’extrême. Toutes les deux semblent être absorbées dans leurs pensées. Ces œuvres dialoguent aussi par leurs contrastes : d’un côté une scène quotidienne, de plein air à la lumière naturelle, et de l’autre une atmosphère nocturne dans un intérieur clos à la lumière artificielle.

Arrivés en France au tout début de l’été 1914, Rippl-Rónai et sa famille se retrouvent pris au piège par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. A cause de leur nationalité hongroise, ils sont soupçonnés d’espionnage et internés pendant de longs mois. C’est grâce à l’intervention conjointe de Maillol, Maurice Denis et Édouard Vuillard que la famille est enfin libérée et rejoint la Hongrie en mars 1915. Bien qu’il ne se revoient plus par la suite, Maillol et Rippl-Rónai ont continué à entretenir une correspondance jusqu’au décès de Rippl-Rónai en 1927.

Parmi les relations qu’il développe au sein du groupe des Nabis, celle que Maillol entretient avec Edouard Vuillard (1868 – 1940) est particulièrement significative pour sa carrière comme il l’explique lui-même à Judith Cladel :

« C’est Vuillard auquel je dois tout. J’étais dans une telle misère que je serais retourné planter des choux chez nous, si Vuillard ne m’avait pas amené le prince Bibesco dans mon atelier. Je ne vendais rien. Mais eux deux partirent avec les poches bourrées de tout ce que j’avais fait, et puis après, la princesse Bibesco mère m’a acheté des tapisseries. C’est comme ça que j’ai pu continuer. C’est Vuillard qui m’a fait. »

En effet, le « Nabi zouave » fait tout pour permettre à Maillol de se faire une place sur la scène artistique. Grand amateur du travail de tapisserie de Maillol, il lui présente le prince Emmanuel Bibesco, collectionneur d’art d’origine roumaine, son frère Antoine Bibesco puis sa mère la princesse Hélène Bibesco. Ces derniers sont les premiers mécènes de Maillol et ils lui feront la commande de plusieurs tapisseries comme Concert de femmes ou Concert champêtre en 1895, La Nymphe et Les Trois Jeunes Filles en 1898 ou encore Musique pour une princesse qui s’ennuie en 1902.

En 1900, Vuillard lui présente le marchand d’art et galeriste Ambroise Vollard (1866-1939), qui vient visiter son atelier à Villeneuve-Saint-Georges. À cette époque, l’artiste banyulenc réalise des petites sculptures en terre cuite qui séduisent Vollard, à tel point que celui-ci finit par financer la construction d’un four et les acheter pour les faire éditer en bronze. Vuillard se retrouve ainsi étroitement associé aux débuts de la sculpture de Maillol.

ill 7. Édouard Vuillard, Nature morte avec Léda, vers 1902, Huile sur carton, H. 60 cm ; L.79,5 cm, Aerdenhout, Pays-Bas, April in Paris Fine Arts. © Peter Cox

Enfin, Maillol et ses œuvres apparaitront dans un certain nombre de toiles du peintre Nabi. La statuette Léda figure dans de nombreuses natures mortes de son ami (Ill. 7) qui en possède d’ailleurs un exemplaire en terre cuite blanche de Marly. Vers 1930, le Vuillard réalise une série de quatre portraits représentant ses amis, Maillol, Roussel, Bonnard et Denis, qu’il intitulera plus tard Les Quatre Anabaptistes. Cette série est une forme d’ode à ses confrères, les illustrant absorbés dans leur travail. Dans le portrait de Maillol (Ill. 8), celui-ci travaille dans son atelier de Marly-le-Roi à la pierre du Monument à Cézanne.

Maillol rencontre Bonnard (1867-1947) vers 1895, quelques temps après avoir fait la connaissance du groupe des Nabis. Bonnard, passionné par les arts décoratifs, admire les tapisseries et les broderies de Maillol tandis que ce dernier apprécie son utilisation des couleurs qui permet à la forme de se libérer du dessin, comme il l’explique à Brassaï dans Les artistes de ma vie : « J’aime Bonnard ! Lui, c’est l’invention de la couleur. Ses gammes sont parfois d’une violence, d ’une audace incroyables. Or, tout cela tient, tout est en place. Il ne faut pas chercher la forme chez lui…Bonnard s’en fout royalement. Il exprime tout par taches de couleurs. »

Dans une lettre adressée à Rippl-Rónai en 1911, le Banyulenc lui écrit : « Il y a six mois que je n’ai pas vu Vuillard. Celui que je vois le plus c’est Denis et Matisse aussi Bonnard qui est très gentil [sic]. Je le vois une fois par an, il fait de bien belles peintures. » Pendant le printemps, Bonnard a pour habitude de quitter Paris et de venir travailler à Montval, à L’Étang-la-Ville, à Vernouillet ou à Médan où il loue durant plusieurs mois des maisons entourées de jardins. Ce changement de paysage lui permet de se rapprocher de Maillol, installé à Marly-le-Roi. Il affectionne également ses petites sculptures que beaucoup de Nabis possèdent et qu’il reproduit à maintes reprises dans ses tableaux. Dans l’album de dessins La Vie du peintre, Bonnard se représente dans la galerie de Vollard, auprès du galeriste, avec Renoir, Degas et Pissarro. Se trouve également une statuette de La Baigneuse de Maillol, le rendant présent indirectement. Elle est debout, nue, coiffée d’un chignon, son bras gauche derrière le dos. Bonnard prend plaisir à représenter cette statue de baigneuse dont plusieurs de ses contemporains possèdent un exemplaire comme Rodin, Denis ou Vollard. Le marchand vit d’ailleurs durablement avec des exemplaires de cette statue car quand Bonnard réalise son portrait, elle figure sur un dessus de cheminée en arrière-plan.

Bonnard lui-même possède une version de La Baigneuse, qui l’accompagna toute sa vie durant comme en témoigne son portrait peint par Vuillard pour la série des Anabaptistes (Ill. 9), celle-ci représentée en fond ou encore dans son propre tableau Hommage à Maillol de 1917 (Ill. 10) La présence des statuettes de Maillol dans les œuvres de ses contemporains représente un touchant hommage de la part des amis du sculpteur.

ill 10. Bonnard, Hommage à Maillol, 1917, Huile sur toile, H. 121 cm;  L. 47 cm, Philadelphia Museum of Art. © The Louis E. Stern Collection

Avec les encouragements de Maillol, Bonnard se met à la sculpture à l’aube du XXème siècle. Un de ces petits bronzes Baigneuse assise contre un rocher, son bras droit derrière la tête (Ill. 11) reprend alors la thématique de ces femmes aquatiques qui apparaissent dans l’œuvre de plusieurs Nabis, comme un hommage aux figures féminines de Gauguin. Il est assez facile d’y retrouver également une référence aux statuettes Maillol qui sont désormais devenues une référence pour ses contemporains.

ill 11. Bonnard, Baigneuse assise contre un rocher, son bras droit derrière la tête, non daté, H. 19 cm ; L. 10,5 cm, Bronze, Le Cannet, Musée Bonnard. © Yves Inchierman

Maillol développe également une longue et sincère amitié avec Maurice Denis (1870 – 1943) qu’il respecte grandement, comme il l’explique à Judith Cladel : « Maurice Denis a eu sur moi une influence profonde […] Son amitié a été un encouragement puissant : en me plaçant tellement haut, il m’a forcé à travailler davantage. Cela vous fait tant de plaisir quand les amis vous aiment un peu trop ! »

Pourtant, les deux artistes se rencontrent dans de mauvaises conditions en 1892 : le peintre Henri Lerolle, insatisfait d’une commande de plafond peint effectuée par Maillol, fait appel à Denis pour le remplacer. Mais une belle amitié naît entre les deux hommes, qui partageant une vénération pour l’œuvre de Gauguin ainsi qu’une similitude stylistique frappante, comme Maillol le fait remarquer à Denis dans une lettre de 1905 : « Je vois réalisé un de mes grands désirs : notre amitié, notre fraternité artistique […] Je me rappelle que l’un de mes amis avait cru en voyant vos peintures aux indépendants qu’elles étaient de moi je suis donc arrivé à me rapprocher de vous et à ce point que notre amitié est devenu une chose solide et bien établie. »  

ill 12. Maurice Denis, L’Adoration des mages, 1904, Huile sur toile, H. 115 cm ; L. 162 cm, Paris, Musée d’Orsay. © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Michel Urtado. À droite, au premier-plan, on peut reconnaitre Aristide Maillol habillé en Melchior

Cette sincère amitié se matérialise à travers de nombreux tableaux de Maurice Denis où Maillol apparaît. En 1907, on le retrouve ainsi dans le décor de Terre latine inspiratrice d’art et de poésie pour l’hôtel particulier de Jacques Rouché à Paris, dans l’Histoire de Psyché pour le salon de musique d’Ivan Morozov à Moscou, et plus tard en 1914 dans l’abside de l’église Saint-Paul de Genève ou encore sur la coupole du Petit Palais à Paris en tant que sculpteur des cathédrales du Moyen-Âge dans L’Histoire de l’art français en 1925. Aux yeux de Denis, Maillol fait presque partie de la famille, comme Vuillard et Sérusier, qui sont les parrains de ses filles. Ce « beau profil et sa barbe longue et pointue » comme le surnomme le théoricien Nabi apparaît également dans L’Adoration des mages de 1904 (Ill. 12) parmi ses confrères Nabis. Dans cette huile sur toile de 1904, Denis offre aux personnages bibliques les traits de ses proches : son épouse Marthe en Vierge-Marie, Paul Sérusier en Saint Joseph, Ker-Xavier Roussel, Ambroise Vollard et Aristide Maillol en rois mages. En 1924, c’est un Aristide Maillol beaucoup plus âgé que l’on retrouve dans Le Sculpteur de cathédrales, portrait de Maillol  (Ill. 13), représenté fidèlement en quelques traits de crayon.

ill 13. Maurice Denis, Le Sculpteur des cathédrales, portrait de Maillol, étude, 1924, Fusain sur calque mis au carreau, H. 79 cm ; L. 75,5 cm, Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental Maurice Denis. © S.A. Studio Lourmel 77, photo Routhier, Paris. 

Comme les autres, Denis possède également plusieurs terres cuites réalisées par Maillol, dont un exemplaire de la Baigneuse. Vers 1904, Marthe Denis pose pour un buste du sculpteur catalan (Ill. 14), qu’il décline en plusieurs versions. Dans le Portrait de l’artiste, au buste de Maillol (vers 1908), le Nabi aux belles icônes se représente aux côtés du fameux buste réalisé par son ami (Ill. 15).

En 1905, Denis publie dans la revue L’Occident un éloge de Maillol à l’occasion de l’exposition du plâtre de La Méditerranée au Salon d’automne : « Son art est essentiellement un art de synthèse. Sans y avoir été amené par nulle théorie, par quoi que ce soit d’autre que son propre instinct, il a pris part au mouvement néo-classique dont il faut chercher l’origine récente autour de Cézanne et de Gauguin. » Il ira même jusqu’à publier un important ouvrage monographique consacré au sculpteur en 1925.

La proximité d’Aristide Maillol avec le théoricien Nabi joue en sa faveur, lui permettant d’élargir ses contacts et d’acquérir de nouvelles commandes. En janvier 1909, alors qu’il est en voyage à Moscou pour s’occuper de la mise en place des panneaux de L’Histoire de Psyché, commandé par Ivan Morozov, homme d’affaire russe, Maurice Denis réussit à convaincre ce dernier d’y intégrer quatre sculptures en bronze de Maillol, les Saisons. Dans une lettre, Maillol déclare tendrement à son ami : « Je reçois plus de joie de savoir que la commande me vient de vous que de la commande elle-même. »

Entre amitié fraternelle et respect artistique, les deux artistes se rejoignent sur de nombreux points, notamment leur commune admiration pour l’art de l’Antiquité comme le déclare Maillol : « Je suis heureux de marcher avec vous sur la route de Delphes ». Les deux artistes partagent également une même conception du beau féminin. En 1941, Denis écrit un article sur Maillol, paru dans Le Figaro : « Nul ne compose comme Maillol un ensemble de chairs, la symétrie d’un torse, et toutes ces sensuelles architectures où son imagination s’épanouit. Aucun romantisme, aucune littérature ne vient compliquer la vision de ces beaux corps, dont la sensualité naïve, la simplicité, la noblesse sans apprêt ont la saveur d’une eau fraîche et très pure : Muses charnues et saines que leurs attitudes nonchalantes rapprochent de la Terre mère. ».

Maillol développe également une longue et sincère amitié avec Maurice Denis (1870 – 1943) qu’il respecte grandement, comme il l’explique à Judith Cladel : « Maurice Denis a eu sur moi une influence profonde […] Son amitié a été un encouragement puissant : en me plaçant tellement haut, il m’a forcé à travailler davantage. Cela vous fait tant de plaisir quand les amis vous aiment un peu trop ! »

A commencer par le thème des femmes agenouillées de Maillol, représentées à maintes reprises à travers son œuvre, qui pourrait presque être vu comme une inspiration directe des silhouettes égyptienne. Ayant beaucoup étudié le corps féminin sous différentes postures, Maillol réalise plusieurs petites statuettes (Ill. 2) où une femme est assise à genoux sur ses talons, les mains posées sur les cuisses. Exprimant une immobilité parfaite, dans une pose méditative, elle affirme une ressemblance avec le sujet classique des statues agenouillées d’Égypte (Ill. 3).

ill 13. Maurice Denis, Le Sculpteur des cathédrales, portrait de Maillol, étude, 1924, Fusain sur calque mis au carreau, H. 79 cm ; L. 75,5 cm, Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental Maurice Denis. © S.A. Studio Lourmel 77, photo Routhier, Paris. 

ill 12. Maurice Denis, L’Adoration des mages, 1904, Huile sur toile, H. 115 cm ; L. 162 cm, Paris, Musée d’Orsay. © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Michel Urtado. À droite, au premier-plan, on peut reconnaitre Aristide Maillol habillé en Melchior

Cette sincère amitié se matérialise à travers de nombreux tableaux de Maurice Denis où Maillol apparaît. En 1907, on le retrouve ainsi dans le décor de Terre latine inspiratrice d’art et de poésie pour l’hôtel particulier de Jacques Rouché à Paris, dans l’Histoire de Psyché pour le salon de musique d’Ivan Morozov à Moscou, et plus tard en 1914 dans l’abside de l’église Saint-Paul de Genève ou encore sur la coupole du Petit Palais à Paris en tant que sculpteur des cathédrales du Moyen-Âge dans L’Histoire de l’art français en 1925. Aux yeux de Denis, Maillol fait presque partie de la famille, comme Vuillard et Sérusier, qui sont les parrains de ses filles. Ce « beau profil et sa barbe longue et pointue » comme le surnomme le théoricien Nabi apparaît également dans L’Adoration des mages de 1904 (Ill. 12) parmi ses confrères Nabis. Dans cette huile sur toile de 1904, Denis offre aux personnages bibliques les traits de ses proches : son épouse Marthe en Vierge-Marie, Paul Sérusier en Saint Joseph, Ker-Xavier Roussel, Ambroise Vollard et Aristide Maillol en rois mages. En 1924, c’est un Aristide Maillol beaucoup plus âgé que l’on retrouve dans Le Sculpteur de cathédrales, portrait de Maillol  (Ill. 13), représenté fidèlement en quelques traits de crayon.

Comme les autres, Denis possède également plusieurs terres cuites réalisées par Maillol, dont un exemplaire de la Baigneuse.  Vers 1904, Marthe Denis pose pour un buste du sculpteur catalan (Ill. 14), qu’il décline en plusieurs versions. Dans le Portrait de l’artiste, au buste de Maillol (vers 1908), le Nabi aux belles icônes se représente aux côtés du fameux buste réalisé par son ami (Ill. 15).

En 1905, Denis publie dans la revue L’Occident un éloge de Maillol à l’occasion de l’exposition du plâtre de La Méditerranée au Salon d’automne : « Son art est essentiellement un art de synthèse. Sans y avoir été amené par nulle théorie, par quoi que ce soit d’autre que son propre instinct, il a pris part au mouvement néo-classique dont il faut chercher l’origine récente autour de Cézanne et de Gauguin. » Il ira même jusqu’à publier un important ouvrage monographique consacré au sculpteur en 1925.

ill 15. Maurice Denis, Autoportrait au buste de Maillol, 1908, Huile sur carton, H. 53 cm ; L. 43 cm, Collection particulière. © Musée d’Orsay / Patrice Scmidt 

ill 14. Aristide Maillol, Buste de Marthe Denis, avant 1907, Buste en terre cuite, H. 41,5 cm ; L. 41 cm ; P. 26,5 cm, Paris, Musée d’Orsay. © Dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy

La proximité d’Aristide Maillol avec le théoricien Nabi joue en sa faveur, lui permettant d’élargir ses contacts et d’acquérir de nouvelles commandes. En janvier 1909, alors qu’il est en voyage à Moscou pour s’occuper de la mise en place des panneaux de L’Histoire de Psyché, commandé par Ivan Morozov, homme d’affaire russe, Maurice Denis réussit à convaincre ce dernier d’y intégrer quatre sculptures en bronze de Maillol, les Saisons. Dans une lettre, Maillol déclare tendrement à son ami : « Je reçois plus de joie de savoir que la commande me vient de vous que de la commande elle-même. »

Entre amitié fraternelle et respect artistique, les deux artistes se rejoignent sur de nombreux points, notamment leur commune admiration pour l’art de l’Antiquité comme le déclare Maillol : « Je suis heureux de marcher avec vous sur la route de Delphes ». Les deux artistes partagent également une même conception du beau féminin. En 1941, Denis écrit un article sur Maillol, paru dans Le Figaro : « Nul ne compose comme Maillol un ensemble de chairs, la symétrie d’un torse, et toutes ces sensuelles architectures où son imagination s’épanouit. Aucun romantisme, aucune littérature ne vient compliquer la vision de ces beaux corps, dont la sensualité naïve, la simplicité, la noblesse sans apprêt ont la saveur d’une eau fraîche et très pure : Muses charnues et saines que leurs attitudes nonchalantes rapprochent de la Terre mère. ».

Conclusion

Bien que parfois associé aux Nabis, Aristide Maillol occupe une place singulière par rapport à ce groupe. Il ne les rencontre qu’en 1894, alors que le mouvement existe déjà depuis plusieurs années, et son parcours, marqué par une condition sociale différente et une approche plus instinctive que théorique, le distingue rapidement de ses membres les plus actifs. Réduire son œuvre à cette seule affiliation serait réducteur, en particulier au regard de l’ampleur de sa production sculptée dès les premières années du XXe siècle.

Pour autant, Maillol n’a jamais renié l’influence décisive que certains Nabis – en particulier Bonnard, Vuillard ou Denis – ont exercée sur sa formation. Il partage avec eux une même sensibilité pour les formes simples, les aplats de couleur, et une quête d’un art total, proche de la vie. Ces amitiés, durables et sincères, ont nourri ses débuts et laissé une empreinte durable dans son œuvre. À la fin de sa vie, il confiait à Judith Cladel : « Mes amis, ce sont mes conquêtes ! […] Une des joies de la vie est d’avoir fait la conquête d’un Roussel, d’un Bonnard, d’un Vuillard, et mon plus grand regret, de les voir trop rarement aujourd’hui. » Cette déclaration témoigne de l’importance qu’il accordait à ces liens, faits d’affinités artistiques autant qu’humaines.

“ (...) Maillol n’a jamais renié l’influence décisive que certains Nabis – en particulier Bonnard, Vuillard ou Denis – ont exercée sur sa formation. Il partage avec eux une même sensibilité pour les formes simples, les aplats de couleur, et une quête d’un art total, proche de la vie.”

Aristide Maillol

Conclusion

Bien que parfois associé aux Nabis, Aristide Maillol occupe une place singulière par rapport à ce groupe. Il ne les rencontre qu’en 1894, alors que le mouvement existe déjà depuis plusieurs années, et son parcours, marqué par une condition sociale différente et une approche plus instinctive que théorique, le distingue rapidement de ses membres les plus actifs. Réduire son œuvre à cette seule affiliation serait réducteur, en particulier au regard de l’ampleur de sa production sculptée dès les premières années du XXe siècle.

Pour autant, Maillol n’a jamais renié l’influence décisive que certains Nabis – en particulier Bonnard, Vuillard ou Denis – ont exercée sur sa formation. Il partage avec eux une même sensibilité pour les formes simples, les aplats de couleur, et une quête d’un art total, proche de la vie. Ces amitiés, durables et sincères, ont nourri ses débuts et laissé une empreinte durable dans son œuvre. À la fin de sa vie, il confiait à Judith Cladel : « Mes amis, ce sont mes conquêtes ! […] Une des joies de la vie est d’avoir fait la conquête d’un Roussel, d’un Bonnard, d’un Vuillard, et mon plus grand regret, de les voir trop rarement aujourd’hui. » Cette déclaration témoigne de l’importance qu’il accordait à ces liens, faits d’affinités artistiques autant qu’humaines.

Bibliographie

– Judith Cladel, Maillol, sa vie, son œuvre, ses idées, Paris : Bernard Grasset, 1937.

– Bertrand Lorquin, Maillol, Genève : Skira et Paris : Fondation Dina Vierny, 1994.

– Collectif, Nabis 1888-1900, catalogue de l’exposition, Zürich, Kunsthaus, 28 mai au 15 août 1993, Paris, Galerie nationale du Grand Palais, du 21 septembre au 3 janvier 1993, Paris, Réunion des musées nationaux, 1993.

– Bertrand Lorquin, Aristide Maillol, Genève : Skira et Paris : Fondation Dina Vierny, 1994.

– Collectif, l’ABCdaire de Maillol, Paris : Flammarion, 1996.

– Bertrand Lorquin, Maillol peintre, catalogue de l’exposition, Paris, Musée Maillol, du 6 juin au 20 octobre 2001, Paris : Fondation Dina Vierny-Musée Maillol en coédition avec la Réunion des Musées nationaux, 2001.

– Collectif, Rippl-Rónai and Maillol, The Story of a Friendship, catalogue de l’exposition, Budapest, Hungarian National Gallery, 17 décembre au 6 avril 2015, Budapest, Magyar Nemzeti Galéria, 2014.

– Catherine Grenier, Thierry Pautot, Marc Etienne, Romain Perrin, Alberto Giacometti et l’Égypte antique, catalogue d’exposition, Paris, Institut Giacometti, 22 juin au 10 octobre 2021, Paris : Fage / Institut Giacometti, 2021.

– Collectif, Rippl-Rónai and Maillol, The Story of a Friendship, catalogue de l’exposition, Budapest, Hungarian National Gallery, 17 décembre au 6 avril 2015, Budapest, Magyar Nemzeti Galéria, 2014.

– Collectif, Aristide Maillol 1861-1944, la quête de l’harmonie, catalogue de l’exposition, Paris, Musée d’Orsay, 12 avril au 21 août 2022, Zürich, Kunsthaus, 7 octobre au 22 janvier 2023, Roubaix, La Piscine-Musée d’art et d’industrie André Diligent, 18 février au 21 mai 2023, avec le partenariat exceptionnel de la Fondation Dina Vierny – Musée Maillol, Paris : Gallimard, 2022

Bibliographie

– Judith Cladel, Maillol, sa vie, son œuvre, ses idées, Paris : Bernard Grasset, 1937.

– Bertrand Lorquin, Maillol, Genève : Skira et Paris : Fondation Dina Vierny, 1994.

– Collectif, Nabis 1888-1900, catalogue de l’exposition, Zürich, Kunsthaus, 28 mai au 15 août 1993, Paris, Galerie nationale du Grand Palais, du 21 septembre au 3 janvier 1993, Paris, Réunion des musées nationaux, 1993.

– Bertrand Lorquin, Aristide Maillol, Genève : Skira et Paris : Fondation Dina Vierny, 1994.

– Collectif, l’ABCdaire de Maillol, Paris : Flammarion, 1996.

– Bertrand Lorquin, Maillol peintre, catalogue de l’exposition, Paris, Musée Maillol, du 6 juin au 20 octobre 2001, Paris : Fondation Dina Vierny-Musée Maillol en coédition avec la Réunion des Musées nationaux, 2001.

– Collectif, Rippl-Rónai and Maillol, The Story of a Friendship, catalogue de l’exposition, Budapest, Hungarian National Gallery, 17 décembre au 6 avril 2015, Budapest, Magyar Nemzeti Galéria, 2014.

– Catherine Grenier, Thierry Pautot, Marc Etienne, Romain Perrin, Alberto Giacometti et l’Égypte antique, catalogue d’exposition, Paris, Institut Giacometti, 22 juin au 10 octobre 2021, Paris : Fage / Institut Giacometti, 2021.

– Collectif, Rippl-Rónai and Maillol, The Story of a Friendship, catalogue de l’exposition, Budapest, Hungarian National Gallery, 17 décembre au 6 avril 2015, Budapest, Magyar Nemzeti Galéria, 2014.

– Collectif, Aristide Maillol 1861-1944, la quête de l’harmonie, catalogue de l’exposition, Paris, Musée d’Orsay, 12 avril au 21 août 2022, Zürich, Kunsthaus, 7 octobre au 22 janvier 2023, Roubaix, La Piscine-Musée d’art et d’industrie André Diligent, 18 février au 21 mai 2023, avec le partenariat exceptionnel de la Fondation Dina Vierny – Musée Maillol, Paris : Gallimard, 2022

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