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Le Cycliste,1907

Le Cycliste,1907

œuvre Phare

Le Cycliste est une œuvre à part dans la production d’Aristide Maillol. L’historien de l’art américain John Rewald ne le mentionne d’ailleurs pas dans son importante monographie de 1939. C’est en effet l’une des sculptures les plus atypiques de Maillol qui témoigne d’un moment clef de sa carrière, durant l’été 1907, où il fréquentait beaucoup Harry Kessler.

 

5 MINUTES

Aristide Maillol
Le Cycliste, 1907
Bronze, 98,5 x 30 x 24 cm
Fondation Dina Vierny – Musée Maillol

Aristide Maillol
Le Cycliste, 1907
Bronze, 98,5 x 30 x 24 cm
Fondation Dina Vierny – Musée Maillol

Le Cycliste,1907

Le Cycliste est une œuvre à part dans la production d’Aristide Maillol. L’historien de l’art américain John Rewald ne le mentionne d’ailleurs pas dans son importante monographie de 1939. C’est en effet l’une des sculptures les plus atypiques de Maillol qui témoigne d’un moment clef de sa carrière, durant l’été 1907, où il fréquentait beaucoup Harry Kessler.

Une commande du comte Kessler

L’une des premières particularités du Cycliste est que c’est une des œuvres de Maillol dont on connaît le mieux la genèse et les conditions de réalisations. C’est le comte Kessler, qui lui fait commande en 1907 d’une sculpture d’homme. Son journal, ainsi que les photographies qu’il a prises, nous apprennent pas à pas les étapes de création du projet et constituent ainsi une documentation rare. [Ill. 1].

A l’origine, Maillol travaillait à un modèle en plâtre du Désir [ill.2] et Kessler commanda le relief au mois de juin, pour la somme de 4 000 francs. Maillol commence à réaliser la composition en terre glaise, mais il informe le comte qu’il ne trouve pas de modèle masculin prêt à poser pour les cinq francs de salaire que propose le sculpteur. Le comte Kessler prend donc les choses en main et envoie son ami Gaston Colin. Né en 1891, Gaston Colin [ill. 3] est alors un adolescent de seize ans, qui était semble-t-il coureur cycliste. Le jeune homme pose non seulement pour la figure masculine du Désir mais également pour un « Narcisse », titre premier de l’œuvre, avant de devenir simplement Le Cycliste.

Le Désir s’achève rapidement et est présenté au Salon d’Automne l’année même de sa commande, en 1907. Quant au Le Cycliste, n’étant pas une idée de Maillol mais une demande externe, il donne du fil à retordre et demandera deux ans de travail supplémentaire.

ill 2. Aristide Maillol travaillant au relief Le Désir avec son modèle Mlle Ginbert, été 1907 | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

ill 1 Fac-similé du manuscrit du Journal de Harry Kessler, à la page du 23 août 1907, vec la photographie de Gaston Colin posant dans l’atelier de Maillol, entre les statues du Cycliste à gauche et de L’Action enchaînée à droite, Marbach, Deutsches Literaturarchiv Marbach | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

ill 3 Gaston Colin à bicyclette devant l’atelier de Maillol, avec Lucien Maillol et Joaquín Claret y Vallés [?] | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

Une commande du comte Kessler

L’une des premières particularités du Cycliste est que c’est une des œuvres de Maillol dont on connaît le mieux la genèse et les conditions de réalisations. C’est le comte Kessler, qui lui fait commande en 1907 d’une sculpture d’homme. Son journal, ainsi que les photographies qu’il a prises, nous apprennent pas à pas les étapes de création du projet et constituent ainsi une documentation rare. [Ill. 1].

A l’origine, Maillol travaillait à un modèle en plâtre du Désir [ill.2] et Kessler commanda le relief au mois de juin, pour la somme de 4 000 francs. Maillol commence à réaliser la composition en terre glaise, mais il informe le comte qu’il ne trouve pas de modèle masculin prêt à poser pour les cinq francs de salaire que propose le sculpteur. Le comte Kessler prend donc les choses en main et envoie son ami Gaston Colin. Né en 1891, Gaston Colin [ill. 3] est alors un adolescent de seize ans, qui était semble-t-il coureur cycliste. Le jeune homme pose non seulement pour la figure masculine du Désir mais également pour un « Narcisse », titre premier de l’œuvre, avant de devenir simplement Le Cycliste.

Le Désir s’achève rapidement et est présenté au Salon d’Automne l’année même de sa commande, en 1907. Quant au Le Cycliste, n’étant pas une idée de Maillol mais une demande externe, il donne du fil à retordre et demandera deux ans de travail supplémentaire.

ill 1 Fac-similé du manuscrit du Journal de Harry Kessler, à la page du 23 août 1907, vec la photographie de Gaston Colin posant dans l’atelier de Maillol, entre les statues du Cycliste à gauche et de L’Action enchaînée à droite, Marbach, Deutsches Literaturarchiv Marbach | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

ill 2. Aristide Maillol travaillant au relief Le Désir avec son modèle Mlle Ginbert, été 1907 | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

ill 3 Gaston Colin à bicyclette devant l’atelier de Maillol, avec Lucien Maillol et Joaquín Claret y Vallés [?] | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

“ L’une des premières particularités du Cycliste est que c’est une des œuvres de Maillol dont on connaît le mieux la genèse et les conditions de réalisations. ”

“ L’une des premières particularités du Cycliste est que c’est une des œuvres de Maillol dont on connaît le mieux la genèse et les conditions de réalisations. ”

Une œuvre d’après nature

La commande de Kessler insistait sur le fait que Le Cycliste devait être fait d’après Gaston Colin ; autrement dit, il fallait pour Maillol étudier le modèle sur nature. En amont du travail, Maillol avait prévu deux séances avec l’adolescent, une première consacrée aux dessins préparatoires [ill. 4 et ill. 5] pour coucher l’idée de la composition, et une seconde où il formerait la sculpture en terre [ill. 6].

Généralement, Maillol limitait la présence du modèle dans son processus de création pour laisser son imagination guider la mise en forme durant le modelage. Dans le cas du Cycliste, cela prit une autre tournure, car le modèle resta durant toute les phases de la réalisation de l’œuvre, donc à contre-courant des habitudes, méthodes et intuitions de Maillol. A la fin du mois de juillet 1907, il se rend à l’évidence : « C’est une étude d’après nature. C’est très amusant à faire, seulement c’est lent… ». Maillol saisit pleinement les enjeux que demande sa sculpture et la voit comme une expérience nouvelle : il ne part pas d’une idée générale, mais bien de la nature, c’est-à-dire de l’anatomie de Gaston Colin.

[ill. 7 et ill. 8]

ill5. Etude pour Méditerranée, 23 août 1904, Fusain sur calque, H. 22,5 cm ;
 L. 22,5 cm, Winterhur, Kunst Museum. © SIK-ISEA, Zürich / Philipp Hitz.

ill5. Etude pour Méditerranée, 23 août 1904, Fusain sur calque, H. 22,5 cm ;
 L. 22,5 cm, Winterhur, Kunst Museum. © SIK-ISEA, Zürich / Philipp Hitz.

ill5. Etude pour Méditerranée, 23 août 1904, Fusain sur calque, H. 22,5 cm ;
 L. 22,5 cm, Winterhur, Kunst Museum. © SIK-ISEA, Zürich / Philipp Hitz.

ill4. Aristide Maillol, Etude pour Le Cycliste vu de face, c. juin 1907, crayon sur papier, 30×23,5 cm, anc. Coll. Harry Kessler | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

ill 6. Aristide Maillol modelant Le Cycliste en terre, daté du 28 juin 1907 | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

ill 8 Aristide Maillol, Gaston Colin et le Cycliste en terre, vue de trois-quarts face, été 1907 | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

Cette démarche amène donc la sculpture à un réalisme saisissant, tout à fait exceptionnel dans l’œuvre de Maillol. Il concentre son attention sur la chair de cette demi-nature, avec une surface est très détaillée. Chaque muscle, chaque côte, chaque particularité anatomique est visible et palpable. Pourtant, aucune dramatisation du sujet n’est perceptible. L’artiste propose au contraire une vision apaisée de la figure masculine, silencieuse, voire inexpressive. C’est cette extrême simplicité et le fait que le sujet a été imposé à Maillol qui expliquent son changement de titre. Si la tête penchée peut être un reste du « Narcisse », l’œuvre assume l’identité de son modèle et devient Le Cycliste, rejoignant la tradition antique de l’athlète représenté en sculpture.

Il était convenu dès le début de la commande de réaliser une cire perdue de la sculpture [ill. 9]. Maillol approuva cette idée, car c’est une technique de fonte qui donne à voir tout le travail du modelage. Mais comme il veut réaliser lui-même cette cire perdue et comme il doit travailler d’après nature, la réalisation de l’œuvre prendra beaucoup plus de temps et Maillol ne se satisfera finalement jamais de cette composition. Le comte Kessler doit donc attendre le début de l’année 1909, le 11 janvier, pour que le bronze commandé soit fondu.

Une œuvre d’après nature

La commande de Kessler insistait sur le fait que Le Cycliste devait être fait d’après Gaston Colin ; autrement dit, il fallait pour Maillol étudier le modèle sur nature. En amont du travail, Maillol avait prévu deux séances avec l’adolescent, une première consacrée aux dessins préparatoires [ill. 4 et ill. 5] pour coucher l’idée de la composition, et une seconde où il formerait la sculpture en terre [ill. 6].

Généralement, Maillol limitait la présence du modèle dans son processus de création pour laisser son imagination guider la mise en forme durant le modelage. Dans le cas du Cycliste, cela prit une autre tournure, car le modèle resta durant toute les phases de la réalisation de l’œuvre, donc à contre-courant des habitudes, méthodes et intuitions de Maillol. A la fin du mois de juillet 1907, il se rend à l’évidence : « C’est une étude d’après nature. C’est très amusant à faire, seulement c’est lent… ». Maillol saisit pleinement les enjeux que demande sa sculpture et la voit comme une expérience nouvelle : il ne part pas d’une idée générale, mais bien de la nature, c’est-à-dire de l’anatomie de Gaston Colin.

[ill. 7 et ill. 8]

ill 8 Aristide Maillol, Gaston Colin et le Cycliste en terre, vue de trois-quarts face, été 1907 | © Deutsches Literaturarchiv Marbach, Nachlass Harry Graf Kessler

Cette démarche amène donc la sculpture à un réalisme saisissant, tout à fait exceptionnel dans l’œuvre de Maillol. Il concentre son attention sur la chair de cette demi-nature, avec une surface est très détaillée. Chaque muscle, chaque côte, chaque particularité anatomique est visible et palpable. Pourtant, aucune dramatisation du sujet n’est perceptible. L’artiste propose au contraire une vision apaisée de la figure masculine, silencieuse, voire inexpressive. C’est cette extrême simplicité et le fait que le sujet a été imposé à Maillol qui expliquent son changement de titre. Si la tête penchée peut être un reste du « Narcisse », l’œuvre assume l’identité de son modèle et devient Le Cycliste, rejoignant la tradition antique de l’athlète représenté en sculpture.

Il était convenu dès le début de la commande de réaliser une cire perdue de la sculpture [ill. 9]. Maillol approuva cette idée, car c’est une technique de fonte qui donne à voir tout le travail du modelage. Mais comme il veut réaliser lui-même cette cire perdue et comme il doit travailler d’après nature, la réalisation de l’œuvre prendra beaucoup plus de temps et Maillol ne se satisfera finalement jamais de cette composition. Le comte Kessler doit donc attendre le début de l’année 1909, le 11 janvier, pour que le bronze commandé soit fondu.

ill 9 Aristide Maillol travaillant « Le Cycliste », étape du moulage à la cire, novembre 1908 , Paris, Archives de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. © FDV-MM

Une surprise générale : la réception du
cycliste

Maillol ne se trompait pas, dès novembre 1907, en disant que cette étude d’après nature « gardera toujours une position un peu particulière dans [son] œuvre. »

Lors de son exposition au Salon d’Automne de 1909 [ill.10], l’œuvre surprend agréablement la majorité des critiques. Rodin dira ainsi qu’il ne croyait pas Maillol « capable de faire cela », sous-entendu une œuvre d’une facture si nerveuse et osseuse, représentant les membres de son modèle avec maigreur. Il est vrai que Le Cycliste possède des affinités avec la nervosité de L’Age d’Airain [ill. 11] dont on avait jadis accusé Rodin d’avoir moulé sur nature son modèle masculin. Les deux sculptures dégagent ainsi une forte impression de vie.

ill 11 . Auguste Rodin, L’Age d’Airain, modèle de 1877, Statue en bronze, fonte au sable par Alexis Rudier, avant 1916, Musée Rodin | © RMN Grand Palais

ill 12 . Donatello, David, c. 1440, bronze, Florence, Musée du Bargello | Photo SCALA, Florence – Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala

ill4. Eugène Druet, Le Cycliste d’Aristide Maillol exposé au Salon d’Automne de 1909 – Charenton-le-Pont, Médiathèque du patrimoine et de la photographie | © Ministère de la Culture – Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Dist. RMN-Grand Palais / François Vizzavona / reproduction RMN

Le journaliste Louis Vauxcelles soulève lui une autre donnée intéressante : « Quand M. Maillol veut modeler serré, il y parvient, magistralement. Sa statue est digne du musée de Naples. Et quelle jolie patine ! » Ce que veut dire le critique par « digne du musée de Naples », c’est que l’œuvre est empreinte d’une gracilité, d’une sinuosité des lignes rappelant les sculptures renaissantes d’un Donatello [Ill. 12]. Enfin, Vauxcelles salue le rôle du comte Kessler dans la réalisation de la sculpture, disant qu’il sût donner « une leçon de goût en acquérant ce chef-d’œuvre ».

Malgré le désamour de Maillol pour cette sculpture, il s’agit de sa première œuvre à rentrer dans les collections publiques françaises, en 1923 au musée du Luxembourg. Et Dina Vierny eut donc elle aussi à cœur d’en posséder un exemplaire pour le Musée Maillol.

[ill. 13]

Une surprise générale : la réception du
cycliste

Maillol ne se trompait pas, dès novembre 1907, en disant que cette étude d’après nature « gardera toujours une position un peu particulière dans [son] œuvre. »

Lors de son exposition au Salon d’Automne de 1909 [ill.10], l’œuvre surprend agréablement la majorité des critiques. Rodin dira ainsi qu’il ne croyait pas Maillol « capable de faire cela », sous-entendu une œuvre d’une facture si nerveuse et osseuse, représentant les membres de son modèle avec maigreur. Il est vrai que Le Cycliste possède des affinités avec la nervosité de L’Age d’Airain [ill. 11] dont on avait jadis accusé Rodin d’avoir moulé sur nature son modèle masculin. Les deux sculptures dégagent ainsi une forte impression de vie.

ill 11 . Auguste Rodin, L’Age d’Airain, modèle de 1877, Statue en bronze, fonte au sable par Alexis Rudier, avant 1916, Musée Rodin | © RMN Grand Palais

Le journaliste Louis Vauxcelles soulève lui une autre donnée intéressante : « Quand M. Maillol veut modeler serré, il y parvient, magistralement. Sa statue est digne du musée de Naples. Et quelle jolie patine ! » Ce que veut dire le critique par « digne du musée de Naples », c’est que l’œuvre est empreinte d’une gracilité, d’une sinuosité des lignes rappelant les sculptures renaissantes d’un Donatello [Ill. 12]. Enfin, Vauxcelles salue le rôle du comte Kessler dans la réalisation de la sculpture, disant qu’il sût donner « une leçon de goût en acquérant ce chef-d’œuvre ».

Malgré le désamour de Maillol pour cette sculpture, il s’agit de sa première œuvre à rentrer dans les collections publiques françaises, en 1923 au musée du Luxembourg. Et Dina Vierny eut donc elle aussi à cœur d’en posséder un exemplaire pour le Musée Maillol.

[ill. 13]

“Qu’est-ce qu’elle fera la peinture quand je ne serai plus là ? Il faudra bien qu’elle me passe sur le corps!”
Aristide Maillol

ill 2 . Le grand salon de Kessler à Weimar, avec Le Cycliste d’Aristide Maillol, 1909, Marbourg, Bildarchiv Foto Marburg | © Bildarchiv Foto Marburg

“Qu’est-ce qu’elle fera la peinture quand je ne serai plus là ? Il faudra bien qu’elle me passe sur le corps!”
Aristide Maillol

ill 13 . Le grand salon de Kessler à Weimar, avec Le Cycliste d’Aristide Maillol, 1909, Marbourg, Bildarchiv Foto Marburg | © Bildarchiv Foto Marburg

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