œuvre Phare
« Elle est belle, elle ne signifie rien, c’est une œuvre silencieuse » déclare André Gide (1869-1951) à propos de La Méditerranée (1905). Faisant partie des statues monumentales ayant fait la renommée d’Aristide Maillol (1861-1944), cette femme en bronze est probablement l’une des œuvres les plus emblématiques de la carrière de sculpteur de notre artiste.
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« Elle est belle, elle ne signifie rien, c’est une œuvre silencieuse » déclare André Gide (1869-1951) à propos de La Méditerranée (1905). Faisant partie des statues monumentales ayant fait la renommée d’Aristide Maillol (1861-1944), cette femme en bronze est probablement l’une des œuvres les plus emblématiques de la carrière de sculpteur de notre artiste.
Au début du XXème siècle, Maillol est encore un jeune artiste, qui empreint de la peinture et de la tapisserie dans une esthétique décorative, désire s’essayer à la sculpture.
Ainsi, en 1905, il présente un plâtre d’un tout nouveau genre au Salon d’Automne : une œuvre d’une grande simplicité alors seulement titrée « Femme », dont la Fondation Dina Vierny – Musée Maillol conserve deux tirages en bronze (l’un au musée de Paris et l’autre sur la tombe de l’artiste au musée de Banyuls).
Le nu féminin est devenu central dans l’œuvre de Maillol depuis son mariage en 1896 avec Clotilde Narcis. Il traite ce sujet dans divers formats et supports. Certaines œuvres peuvent être empreintes d’une esthétique Art Nouveau, dans certains petits formats comme Jeune fille accroupie au chignon pointu (1900) [Ill. 1] où le corps du modèle est encore palpable dans le bronze.

ill 2. Aristide Maillol, La Baigneuse ou La Vague, 1895-1896, Fusain sur papier marouflé sur toile, H. 98 cm ; L. 92,5 cm, Collection particulière. © J.-A. Brunelle.
La Méditerranée s’éloigne de ce genre de production et trouve son origine non pas dans sa production sculptée, mais dans son œuvre graphique et mobilière. La Baigneuse ou La Vague (1895-1896) [Ill. 2] possède encore un sujet symboliste, mais la plénitude des formes annonce la voie nouvelle que Maillol défriche.
L’artiste banyulenc cherche sa composition en réalisant pendant près de 5 ans de nombreuses petites terres cuites [Ill. 3 et 4] et bronzes, où la réflexion tourne sur la position des bras et des jambes autour du buste. Un dessin d’août 1904 [Ill. 5] permet de comprendre qu’il tente de ramasser sa femme assise dans un carré parfait. Ainsi, il raisonne sa sculpture comme une architecture, pensée comme un assemblage de triangles et privilégie une figure tournée vers l’intérieur, ce qui est alors une proposition plastique inédite. [Ill.6]

ill 1 Aristide Maillol, Jeune fille accroupie au chignon pointu, 1900, Bronze, H. 16 cm ; L. 11,5 cm, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol
La Méditerranée s’éloigne de ce genre de production et trouve son origine non pas dans sa production sculptée, mais dans son œuvre graphique et mobilière. La Baigneuse ou La Vague (1895-1896) [Ill. 2] possède encore un sujet symboliste, mais la plénitude des formes annonce la voie nouvelle que Maillol défriche.

ill 3 Aristide Maillol, Femme nue assise, la main gauche sur la tête, dit aussi Étude pour la Méditerranée, entre 1900 et 1905, Terre cuite, H. 18 cm ; L. 21 cm ; 10 cm, Paris, Petit Palais. © CC0 Paris Musée / Musée de la Ville de Paris, Petit Palais
Au début du XXème siècle, Maillol est encore un jeune artiste, qui empreint de la peinture et de la tapisserie dans une esthétique décorative, désire s’essayer à la sculpture.
Ainsi, en 1905, il présente un plâtre d’un tout nouveau genre au Salon d’Automne : une œuvre d’une grande simplicité alors seulement titrée « Femme », dont la Fondation Dina Vierny – Musée Maillol conserve deux tirages en bronze (l’un au musée de Paris et l’autre sur la tombe de l’artiste au musée de Banyuls).
Le nu féminin est devenu central dans l’œuvre de Maillol depuis son mariage en 1896 avec Clotilde Narcis. Il traite ce sujet dans divers formats et supports. Certaines œuvres peuvent être empreintes d’une esthétique Art Nouveau, dans certains petits formats comme Jeune fille accroupie au chignon pointu (1900) [Ill. 1] où le corps du modèle est encore palpable dans le bronze.

ill 1 Aristide Maillol, Jeune fille accroupie au chignon pointu, 1900, Bronze, H. 16 cm ; L. 11,5 cm, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol
La Méditerranée s’éloigne de ce genre de production et trouve son origine non pas dans sa production sculptée, mais dans son œuvre graphique et mobilière. La Baigneuse ou La Vague (1895-1896) [Ill. 2] possède encore un sujet symboliste, mais la plénitude des formes annonce la voie nouvelle que Maillol défriche.

ill 2. Aristide Maillol, La Baigneuse ou La Vague, 1895-1896, Fusain sur papier marouflé sur toile, H. 98 cm ; L. 92,5 cm, Collection particulière. © J.-A. Brunelle.
L’artiste banyulenc cherche sa composition en réalisant pendant près de 5 ans de nombreuses petites terres cuites [Ill. 3 et 4] et bronzes, où la réflexion tourne sur la position des bras et des jambes autour du buste. Un dessin d’août 1904 [Ill. 5] permet de comprendre qu’il tente de ramasser sa femme assise dans un carré parfait. Ainsi, il raisonne sa sculpture comme une architecture, pensée comme un assemblage de triangles et privilégie une figure tournée vers l’intérieur, ce qui est alors une proposition plastique inédite. [Ill.6]

ill 3 Aristide Maillol, Femme nue assise, la main gauche sur la tête, dit aussi Étude pour la Méditerranée, entre 1900 et 1905, Terre cuite, H. 18 cm ; L. 21 cm ; 10 cm, Paris, Petit Palais. © CC0 Paris Musée / Musée de la Ville de Paris, Petit Palais

ill4. Aristide Maillol, La Pensée, dit aussi Madame Maillol posant, ou étude pour la Méditerranée, vers 1902 – 1905, Terre cuite, H. 18 cm ; L. 12 cm, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol.

ill6. Rolf Linnenkamp, « Dessin structurel de la Nuit », extrait de Aristide Maillol : Die grossen Plastiken, 1960, Ed : München Bruckmann, p. 94.

ill5. Etude pour Méditerranée, 23 août 1904, Fusain sur calque, H. 22,5 cm ; L. 22,5 cm, Winterhur, Kunst Museum. © SIK-ISEA, Zürich / Philipp Hitz.
Sa sculpture est en effet affranchie du mouvement et donc de l’expression d’une passion. L’œuvre n’offre à voir que ses volumes dans l’espace et devient donc une beauté abstraite, annonçant le chemin de la modernité au XXème siècle, à savoir l’autonomisation des moyens plastiques de l’art sur le sujet.
En 1905, l’œuvre obtient un certain succès au Salon, étant commentée dans la presse. Certains critiques ont ainsi été sensibles à la proposition esthétique de Maillol. André Gide résume ainsi l’intention de l’œuvre : « Elle est belle, elle ne signifie rien, c’est une œuvre silencieuse. Je crois qu’il faut remonter loin en arrière pour trouver une aussi complète négligence de toute préoccupation étrangère à la simple manifestation de la beauté. » Il ajoute : « M. Maillol, ainsi, ne procède pas d’une idée qu’il prétend exprimer en marbre ; il part de la matière même […] qu’on sent qu’il a longuement contemplée, puis dégrossie, qu’il émancipe enfin à coups de puissantes caresses. »

ill4. Aristide Maillol, La Pensée, dit aussi Madame Maillol posant, ou étude pour la Méditerranée, vers 1902 – 1905, Terre cuite, H. 18 cm ; L. 12 cm, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol.

ill5. Etude pour Méditerranée, 23 août 1904, Fusain sur calque, H. 22,5 cm ; L. 22,5 cm, Winterhur, Kunst Museum. © SIK-ISEA, Zürich / Philipp Hitz.

ill6. Rolf Linnenkamp, « Dessin structurel de la Nuit », extrait de Aristide Maillol : Die grossen Plastiken, 1960, Ed : München Bruckmann, p. 94.
Sa sculpture est en effet affranchie du mouvement et donc de l’expression d’une passion. L’œuvre n’offre à voir que ses volumes dans l’espace et devient donc une beauté abstraite, annonçant le chemin de la modernité au XXème siècle, à savoir l’autonomisation des moyens plastiques de l’art sur le sujet.
En 1905, l’œuvre obtient un certain succès au Salon, étant commentée dans la presse. Certains critiques ont ainsi été sensibles à la proposition esthétique de Maillol. André Gide résume ainsi l’intention de l’œuvre : « Elle est belle, elle ne signifie rien, c’est une œuvre silencieuse. Je crois qu’il faut remonter loin en arrière pour trouver une aussi complète négligence de toute préoccupation étrangère à la simple manifestation de la beauté. » Il ajoute : « M. Maillol, ainsi, ne procède pas d’une idée qu’il prétend exprimer en marbre ; il part de la matière même […] qu’on sent qu’il a longuement contemplée, puis dégrossie, qu’il émancipe enfin à coups de puissantes caresses. »

ill 7. Frau von Heimberg, Maillol près de la version en pierre inachevé de la Méditerranée pour Harry Kessler, dans son atelier de Marly, vers 1908, Paris, Archives de la Fondation Dina Vierny – Musée Maillol.

ill 7. Frau von Heimberg, Maillol près de la version en pierre inachevé de la Méditerranée pour Harry Kessler, dans son atelier de Marly, vers 1908, Paris, Archives de la Fondation Dina Vierny – Musée Maillol.
L’ami de Maillol et artiste Maurice Denis (1870-1943) voit en lui le successeur de Rodin (1840-1917), le « chef de l’école moderne », et le salue comme le « nouveau Maître » de la sculpture française. En effet, la Méditerranée est une réponse concise et retenue aux formes complexes et instables du Penseur (1880) de Rodin.
Maurice Denis loue la capacité de Maillol à s’être émancipé de tout modèle précédent, de l’art gréco-romain ou de la sculpture dix-neuviémiste, au profit d’un art fondé sur son instinct, où l’économie des moyens amène à un idéal.
Suite à l’exposition de l’œuvre en 1905, le comte Harry Kessler (1868-1937) commande une version en pierre au jeune sculpteur, première commande de celui qui sera un grand ami et mécène de l’artiste. [ill.7]
La Méditerranée est donc une œuvre majeure dans la carrière de Maillol et a eu une place privilégiée dans sa vie : il lui a donné plusieurs titres au fil des années, tels que La Pensée ou La Pensée latine, mettant ainsi l’accent sur la dimension symbolique de l’œuvre. Dans les années 1920, le titre trouve sa forme définitive, Méditerranée, rendant ainsi hommage à la région natale de Maillol, véritable foyer artistique de l’art moderne au XXème siècle, art moderne qui triomphe au salon d’Automne de 1905 avec en peinture, les Fauves et en sculpture, Maillol.
Cette sculpture marque donc une véritable rupture avec la sculpture pathétique et narrative de Rodin pour s’élancer dans la recherche de la forme pure, ouvrant la voie à toute une génération de sculpteurs du XXème allant de Constantin Brancusi (1876-1957) à Donald Judd (1928-1994) en passant par Henry Moore (1898-1986).
L’ami de Maillol et artiste Maurice Denis (1870-1943) voit en lui le successeur de Rodin (1840-1917), le « chef de l’école moderne », et le salue comme le « nouveau Maître » de la sculpture française. En effet, la Méditerranée est une réponse concise et retenue aux formes complexes et instables du Penseur (1880) de Rodin.
Maurice Denis loue la capacité de Maillol à s’être émancipé de tout modèle précédent, de l’art gréco-romain ou de la sculpture dix-neuviémiste, au profit d’un art fondé sur son instinct, où l’économie des moyens amène à un idéal.
Suite à l’exposition de l’œuvre en 1905, le comte Harry Kessler (1868-1937) commande une version en pierre au jeune sculpteur, première commande de celui qui sera un grand ami et mécène de l’artiste. [ill.7]
La Méditerranée est donc une œuvre majeure dans la carrière de Maillol et a eu une place privilégiée dans sa vie : il lui a donné plusieurs titres au fil des années, tels que La Pensée ou La Pensée latine, mettant ainsi l’accent sur la dimension symbolique de l’œuvre. Dans les années 1920, le titre trouve sa forme définitive, Méditerranée, rendant ainsi hommage à la région natale de Maillol, véritable foyer artistique de l’art moderne au XXème siècle, art moderne qui triomphe au salon d’Automne de 1905 avec en peinture, les Fauves et en sculpture, Maillol.
Cette sculpture marque donc une véritable rupture avec la sculpture pathétique et narrative de Rodin pour s’élancer dans la recherche de la forme pure, ouvrant la voie à toute une génération de sculpteurs du XXème allant de Constantin Brancusi (1876-1957) à Donald Judd (1928-1994) en passant par Henry Moore (1898-1986).
“[...] il lui a donné plusieurs titres au fil des années, tels que La Pensée ou La Pensée latine, mettant insi l’accent sur la dimension symbolique de l’œuvre.”
“[...] il lui a donné plusieurs titres au fil des années, tels que La Pensée ou La Pensée latine, mettant insi l’accent sur la dimension symbolique de l’œuvre.”
Musée Maillol, 2021
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Musée Maillol, 2021
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