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Le Jardin enchanté,1896

Le Jardin enchanté,1896

œuvre Phare

Maillol voit dans l’art de la tapisserie un nouveau souffle pour sa propre pratique artistique, et trouve dans la tapisserie millefleurs médiévale et celle du mouvement anglais Arts and Crafts des modèles inspirants.

 

5 MINUTES

Aristide Maillol
Le Jardin enchanté, 1896. 
Laine brodée avec applications de passementerie 
de fils de métal, de soie et de coton. 196 x 107 cm. 
Musée Maillol

Aristide Maillol
Le Jardin enchanté, 1896. 
Laine brodée avec applications de passementerie 
de fils de métal, de soie et de coton. 196 x 107 cm. 
Musée Maillol

Maillol voit dans l’art de la tapisserie un nouveau souffle pour sa propre pratique artistique, et trouve dans la tapisserie millefleurs médiévale et celle du mouvement anglais Arts and Crafts des modèles inspirants.

Une oeuvre Nabi

Dans les années 1890, Aristide Maillol se lie d’amitié avec un groupe de peintres symbolistes, qui se surnomme les Nabis (les « Prophètes » en Hébreu), parmi eux : Maurice Denis, Paul Sérusier, Pierre Bonnard et Edouard Vuillard. Ces jeunes artistes désirent abolir la hiérarchie traditionnelle entre les arts, et dans cette perspective, accordent une grande importance aux arts décoratifs. Ils affirment en effet, selon la formule de Jan Verkade : « Des murs, des murs à décorer ! À bas la perspective ! Le mur doit rester surface, ne doit pas être percé par la représentation d’horizons infinis. Il n’y a pas de tableaux, il n’y a que des décorations ! ». Maillol voit dans l’art de la tapisserie un nouveau souffle pour sa propre pratique artistique, et trouve dans la tapisserie millefleurs médiévale et celle du mouvement anglais Arts and Crafts des modèles inspirants. Dans la lignée de William Morris, il tente de recréer l’esprit des confréries artistiques en créant son propre atelier en 1893, dans sa ville natale, à Banyuls-sur-Mer.

[ill. 1]

Parmi les nabis, il est ainsi le premier à s’être penché sur les possibilités artistiques de la tapisserie, et à ce titre, a influencé l’œuvre de ses amis artistes. La Femme en robe rouge du hongrois József Rippl-Rónai [ill. 2] présente des similarités avec Le Jardin enchanté, par la posture gracieuse de la figure féminine et son insertion dans un clos exubérant.

ill 1 Maillol devant son métier de tapisserie, c. 1895-1900, photographie, Musée Maillol

Une oeuvre Nabi

Dans les années 1890, Aristide Maillol se lie d’amitié avec un groupe de peintres symbolistes, qui se surnomme les Nabis (les « Prophètes » en Hébreu), parmi eux : Maurice Denis, Paul Sérusier, Pierre Bonnard et Edouard Vuillard. Ces jeunes artistes désirent abolir la hiérarchie traditionnelle entre les arts, et dans cette perspective, accordent une grande importance aux arts décoratifs. Ils affirment en effet, selon la formule de Jan Verkade : « Des murs, des murs à décorer ! À bas la perspective ! Le mur doit rester surface, ne doit pas être percé par la représentation d’horizons infinis. Il n’y a pas de tableaux, il n’y a que des décorations ! ». Maillol voit dans l’art de la tapisserie un nouveau souffle pour sa propre pratique artistique, et trouve dans la tapisserie millefleurs médiévale et celle du mouvement anglais Arts and Crafts des modèles inspirants. Dans la lignée de William Morris, il tente de recréer l’esprit des confréries artistiques en créant son propre atelier en 1893, dans sa ville natale, à Banyuls-sur-Mer.

[ill. 1]

Parmi les nabis, il est ainsi le premier à s’être penché sur les possibilités artistiques de la tapisserie, et à ce titre, a influencé l’œuvre de ses amis artistes. La Femme en robe rouge du hongrois József Rippl-Rónai [ill. 2] présente des similarités avec Le Jardin enchanté, par la posture gracieuse de la figure féminine et son insertion dans un clos exubérant.

ill 1 Maillol devant son métier de tapisserie, c. 1895-1900, photographie, Musée Maillol

Une oeuvre singulière

Cherchant à parfaire son art, Maillol renonce à utiliser des teintes chimiques et cherche dans la montagne alentour à son atelier de Banyuls des plantes pour colorer sa laine. Le Jardin enchanté, brodé en 1899, est la première tapisserie à présenter cette préparation des couleurs totalement artisanales et naturelles. Dans les années 1940, Maillol confie à Henri Frère ses secrets d’atelier. « – Voyez-vous cette plante ? […] C’est le garou. C’est ce qu’on appelle en catalan le ‘‘tintorell’’. On tire une teinture de son écorce. Avec du sulfate de fer, ça donne un gris perle très joli. 
- Et d’où tiriez-vous le rouge ? 
- Je le tirais surtout du kermès, des sortes de petites boules […] qui se font sur le chênekermès. On appelle cet arbre en catalan ‘’la garrolla’’. Cela donne un rouge grave, un peu violet. 
Il y a aussi des couleurs minérales. Le sulfate de fer qui donne un beau jaune. Le sulfate de cuivre qui donne un vert pâle. J’en ai trouvé d’autres qui n’étaient pas indiquées. […] On peut trouver des milliers de tons magnifiques. J’ai trouvé des tons que personne ne connaissait. C’est un métier très intéressant, vous savez, quand on le fait soi-même, comme je le faisais. » Cette méthode artisanale permet de comprendre l’origine des couleurs, encore aujourd’hui éclatantes, de la tapisserie.

Outre sa technique de réalisation, Le Jardin enchanté est singulier dans l’œuvre de Maillol par le style mis en place. C’est sans doute la tapisserie qui témoigne le plus de l’admiration de Maillol pour la tenture de La Dame à la Licorne, par la présence de l’oiseau, motif rarissime dans le reste de la production de Maillol. Si le sujet évoque les scènes galantes seigneuriales, Maillol en atténue l’aspect historique par la représentation du costume contemporain. La disposition des deux jeunes filles du premier plan n’est pas sans rappeler les mises en pages des revues de mode contemporaine. [ill.3]

ill 3 Illustration issue de la Mode illustrée, 10 avril 1892, p.4

ill 5 Aristide Maillol, Carton de tapisserie du Jardin enchanté, vers1896. Huile sur carton. 61 x 41 cm, Musée Maillol, dépôt d’une collection particulière

ill 2 József Rippl-Rónai, La Femme en robe rouge, 1898, tapisserie, 230 x 125 cm, Budapest, Musée des Arts appliqués

Toutefois, Maillol dépasse la simple description du vêtement au profit d’un déploiement de la ligne élégante, contournant des couleurs délicates. [ill. 4]
Il répond ainsi au programme esthétique des Nabis, qui ambitionnait un renouveau de l’art, à travers la tapisserie. La comparaison entre la tapisserie et son carton peint [ill. 5] permet de voir à quel point Maillol pensait son œuvre en termes de texture et de couleurs. La tapisserie rend possible l’union de la forme et de la couleur, dans la matière même brodée de l’œuvre, au service d’une vision où l’ornement fait loi.

ill 4 Deux jeunes femmes vues de dos, page issue d’un carnet de dessin, pierre noire sur papier cartonné, Musée Maillol

Une oeuvre singulière

Cherchant à parfaire son art, Maillol renonce à utiliser des teintes chimiques et cherche dans la montagne alentour à son atelier de Banyuls des plantes pour colorer sa laine. Le Jardin enchanté, brodé en 1899, est la première tapisserie à présenter cette préparation des couleurs totalement artisanales et naturelles. Dans les années 1940, Maillol confie à Henri Frère ses secrets d’atelier. « – Voyez-vous cette plante ? […] C’est le garou. C’est ce qu’on appelle en catalan le ‘‘tintorell’’. On tire une teinture de son écorce. Avec du sulfate de fer, ça donne un gris perle très joli. 
- Et d’où tiriez-vous le rouge ? 
- Je le tirais surtout du kermès, des sortes de petites boules […] qui se font sur le chênekermès. On appelle cet arbre en catalan ‘’la garrolla’’. Cela donne un rouge grave, un peu violet. 
Il y a aussi des couleurs minérales. Le sulfate de fer qui donne un beau jaune. Le sulfate de cuivre qui donne un vert pâle. J’en ai trouvé d’autres qui n’étaient pas indiquées. […] On peut trouver des milliers de tons magnifiques. J’ai trouvé des tons que personne ne connaissait. C’est un métier très intéressant, vous savez, quand on le fait soi-même, comme je le faisais. » Cette méthode artisanale permet de comprendre l’origine des couleurs, encore aujourd’hui éclatantes, de la tapisserie.

Outre sa technique de réalisation, Le Jardin enchanté est singulier dans l’œuvre de Maillol par le style mis en place. C’est sans doute la tapisserie qui témoigne le plus de l’admiration de Maillol pour la tenture de La Dame à la Licorne, par la présence de l’oiseau, motif rarissime dans le reste de la production de Maillol. Si le sujet évoque les scènes galantes seigneuriales, Maillol en atténue l’aspect historique par la représentation du costume contemporain. La disposition des deux jeunes filles du premier plan n’est pas sans rappeler les mises en pages des revues de mode contemporaine. [ill.3]

ill 3 Illustration issue de la Mode illustrée, 10 avril 1892, p.4

ill 5 Aristide Maillol, Carton de tapisserie du Jardin enchanté, vers1896. Huile sur carton. 61 x 41 cm, Musée Maillol, dépôt d’une collection particulière

ill 2 József Rippl-Rónai, La Femme en robe rouge, 1898, tapisserie, 230 x 125 cm, Budapest, Musée des Arts appliqués

Toutefois, Maillol dépasse la simple description du vêtement au profit d’un déploiement de la ligne élégante, contournant des couleurs délicates. [ill. 4]
Il répond ainsi au programme esthétique des Nabis, qui ambitionnait un renouveau de l’art, à travers la tapisserie. La comparaison entre la tapisserie et son carton peint [ill. 5] permet de voir à quel point Maillol pensait son œuvre en termes de texture et de couleurs. La tapisserie rend possible l’union de la forme et de la couleur, dans la matière même brodée de l’œuvre, au service d’une vision où l’ornement fait loi.

ill 4 Deux jeunes femmes vues de dos, page issue d’un carnet de dessin, pierre noire sur papier cartonné, Musée Maillol

“ Toutefois, Maillol dépasse la simple description du vêtement au profit d’un déploiement de 
la ligne élégante, contournant des couleurs délicates ”

“ Toutefois, Maillol dépasse la simple description du vêtement au profit d’un déploiement de 
la ligne élégante, contournant des couleurs délicates ”

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Musée Maillol, 2021

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