08/10/2026
Du 23 septembre 2026 au 17 janvier 2027, le Grand Palais co-produit « Cezanne et nous » avec le Centre Pompidou et l’Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie – Valéry Giscard d’Estaing.

Cezanne et nous au Grand Palais
Avec « Cezanne et nous », le Grand Palais propose de retracer, pour la première fois dans son ensemble, la postérité de l’œuvre de Paul Cezanne (1839-1906), des années 1880 à nos jours. Elle met en regard les réalisations du peintre avec celles d’artistes qui, au fil des générations, ont reconnu en lui une figure fondatrice. En réunissant les collections des musées d’Orsay, de l’Orangerie et du Centre Pompidou, ainsi que des œuvres issues de fonds étrangers, « Cezanne et nous » permet de mesurer la richesse de l’héritage du peintre de la Sainte-Victoire.
Longtemps marginalisé par les institutions, Cezanne s’impose progressivement comme l’une des figures majeures de la modernité occidentale, au point d’être considéré par Picasso comme « notre père à tous ». Cette idée de filiation trouve un écho particulier dans le titre de l’exposition, « Cezanne et nous », désignant autant les générations d’artistes qui se sont réclamées de son œuvre que le regard que nous portons aujourd’hui sur le peintre aixois. De ses premiers admirateurs à la naissance des avant-gardes, puis aux différents courants de l’abstraction et aux pratiques artistiques contemporaines, son travail n’a cessé d’être relu et réinvesti.
À propos du « Monument à Cezanne » d’Aristide Maillol
Aristide Maillol, Monument à Cezanne, entre 1912 et 1925, marbre rose du Canigou, 140 x 227 x 77 cm, poids : 1610 kg, RMN Grand Palais (Musée d’Orsay), Paris. © Hervé Lewandowksi.
« Nulle œuvre peut-être n’a coûté autant de travail, ni causé plus de préoccupations à Maillol »
– D’après Pierre Camo, Maillol mon ami, 1950
Conçu en l’honneur de Paul Cezanne par Aristide Maillol (1861-1944), ce monument témoigne de la place singulière que le peintre occupe dans l’histoire de l’art moderne. L’ensemble de l’œuvre de Cezanne exerce en effet une influence considérable sur les générations qui lui succèdent. Présenté dans la section « Hommages à Cezanne » de l’exposition, la sculpture y occupe une place singulière, au centre de la salle.
À la mort de Paul Cezanne, le 22 octobre 1906, naît rapidement le projet d’élever une statue commémorative au peintre dans sa ville natale, Aix-en-Provence. L’initiative revient à son marchand, Ambroise Vollard, qui en formule l’idée dès juin 1907. Le comité, présidé par Frantz Jourdain, président du Salon d’Automne, recueille des dons et organise une vente d’œuvres d’art généreusement offerts par leurs auteurs. Le choix d’Aristide Maillol (1861-1944) s’impose bientôt pour en assurer la réalisation. Pour le sculpteur, ce projet revêt une portée particulière : il lui offre l’occasion de rendre hommage à un artiste qu’il tient pour le « génie de la peinture moderne ». La commission s’inscrit dans un moment où la reconnaissance de Cezanne s’affirme progressivement. Les tableaux de ce dernier deviennent une référence essentielle pour les artistes qui cherchent à renouveler les formes et le langage de la peinture. La commande de l’hommage sculptural doit ainsi symboliser le moment où se cristallise le statut de Cezanne comme figure tutélaire de la modernité.
Aristide Maillol, étude pour Monument à Cezanne, mine de plomb, carnet d’études, 1912, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol.
Maillol renonce à la représentation traditionnelle du portrait d’artiste et lui substitue une figure allégorique, celle d’une nymphe allongée tenant dans sa main une palme de laurier. Par ce geste, elle offre symboliquement les honneurs à la mémoire du peintre. La pose, immédiatement envisagée par le statuaire, fait l’objet de nombreuses études destinées à préciser le mouvement des jambes et des bras ou le traitement du drapé. Cette démarche rejoint sa conception de la sculpture, fondée sur la recherche des formes essentielles et la simplification des lignes et des plans. Maillol reconnait chez Cezanne une capacité à dépasser la simple représentation du réel. Tous deux tentent, par des moyens différents, à atteindre une forme simple et universelle.
« Je commence toujours par l’ensemble. Au début mon idée est vague. C’est à force d’y travailler qu’elle devient visible (…) je m’efforce de rester dans les données les plus simples, comme lignes et comme plans. Ce n’est pas facile : la nature est mobile et changeante. »
– Aristide Maillol
Photographe inconnu, Un homme se tenant face au Monument à Cezanne installé dans le jardin des Tuileries à Paris, non daté, archives de la Fondation Dina Vierny – Musée Maillol.
Remplacer le portrait traditionnel par une figure allégorique a été un choix difficilement acceptable. D’abord refusé par la Ville d’Aix-en-Provence, qui juge inappropriée de rendre hommage au maitre sous la forme d’un corps féminin et nu, le premier état du Monument à Cezanne connaît finalement une tout autre destinée.
Acquis par l’État, le Monument à Cezanne devient la première sculpture en pierre de Maillol à prendre place au milieu de l’escalier situé du côté de l’Orangerie, dans le jardin des Tuileries, consacrant ainsi la reconnaissance du monument dans l’espace public. Son installation sur un socle volontairement bas revêt une importance particulière pour le sculpteur, soucieux de placer ses œuvres à hauteur d’homme et de favoriser ainsi une relation plus directe entre la nymphe et le regard du spectateur.
Walter Drayer, Monument à Paul Cezanne dans le jardin des Tuileries, non daté, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol.
Fragile et poreux, le marbre rose, dans lequel la sculpture a été réalisée, résiste mal au passage du temps et se dégrade progressivement. En 1963, l’Hommage à Cezanne est retiré des Tuileries, avec La Méditerranée en marbre, autre production de Maillol installée dans le jardin. Les deux statues rejoignent les collections du Musée national d’Art moderne, avant d’être transférées au musée d’Orsay. Dina Vierny sollicite alors André Malraux, ministre des Affaires culturelles, afin qu’elles soient remplacées par des fontes en plomb.
Malraux propose de consacrer le jardin du Carrousel aux créations sculpturales de Maillol. Le projet prend une dimension plus vaste avec l’installation de dix-huit sculptures monumentales en bronze et en plomb y sont ainsi installées à partir de 1964, sous la direction de Dina Vierny, donnant naissance à un véritable « musée Maillol en plein air ».
Aristide Maillol voit en Paul Cezanne une figure majeure de la peinture moderne. En lui rendant hommage, il cherche à traduire dans la sculpture la reconnaissance croissante dont Cezanne bénéficie au début du XXe siècle. Le destin du monument dépasse toutefois cette intention première puisque sa présence dans les jardins du Carrousel contribue aussi à inscrire durablement l’œuvre de Maillol dans l’espace public.
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Musée Maillol, 2021
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Musée Maillol, 2021
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