œuvre Phare
Parmi les nombreuses œuvres d’Aristide Maillol, la statue Harmonie se distingue par son caractère énigmatique. Représentant une figure féminine sans bras, inachevée à jamais, elle incarne la dernière création de l’artiste originaire de Banyuls.
5 MINUTES


Parmi les nombreuses œuvres d’Aristide Maillol,la statue Harmonie se distingue par son caractère énigmatique. Représentant une figure féminine sans bras, inachevée à jamais, elle incarne la dernière création de l’artiste originaire de Banyuls.
« Quand j’aurai trouvé le modèle qui me va tout à fait, je resterai dessus quatre ou cinq ans, à faire une statue. C’est comme ça qu’on fait de belles choses, c’est comme ça qu’ont fait les Grecs ».
En 1939, au déclenchement de la guerre, Aristide Maillol se retire à Banyuls-sur-Mer, son village natal situé dans les Pyrénées-Orientales [Ill. 1] . « C’est le plus beau paysage du monde », répétait-il. Bien que déjà très âgé, proche de ses quatre-vingts ans, Maillol continue de travailler et de se lancer dans de nouveaux projets. C’est ainsi qu’isolé dans les montagnes il entreprend, en février 1940, une nouvelle sculpture qui devait se démarquer de tout ce qu’il avait réalisé auparavant et qui deviendrait son œuvre ultime. Il se confie à John Rewald (1912-1994): « J’aimerais être pour cette œuvre, plus réaliste, plus vivant que pour tout ce que j’ai fait jusqu’ici. C’est pour cette raison que, cette fois-ci, je travaille d’après modèle, et pas seulement d’après mes dessins comme je le faisais d’habitude. Cependant les dessins me sont encore d’un grand secours et je continue à en faire beaucoup. J’en fais actuellement des centaines sous tous les angles imaginables pour qu’elle devienne ce que je voudrais qu’elle soit » [Ill. 2, 3 et 4].

[ill. 1] John Rewald, Aristide Maillol regardant la baie de Banyuls-sur-Mer, avril 1938, Épreuve photographique, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol
« Quand j’aurai trouvé le modèle qui me va tout à fait, je resterai dessus quatre ou cinq ans, à faire une statue. C’est comme ça qu’on fait de belles choses, c’est comme ça qu’ont fait les Grecs ».

ill 1 John Rewald, Aristide Maillol regardant la baie de Banyuls-sur-Mer, avril 1938, Épreuve photographique, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol
En 1939, au déclenchement de la guerre, Aristide Maillol se retire à Banyuls-sur-Mer, son village natal situé dans les Pyrénées-Orientales [Ill. 1] . « C’est le plus beau paysage du monde », répétait-il. Bien que déjà très âgé, proche de ses quatre-vingts ans, Maillol continue de travailler et de se lancer dans de nouveaux projets. C’est ainsi qu’isolé dans les montagnes il entreprend, en février 1940, une nouvelle sculpture qui devait se démarquer de tout ce qu’il avait réalisé auparavant et qui deviendrait son œuvre ultime. Il se confie à John Rewald (1912-1994): « J’aimerais être pour cette œuvre, plus réaliste, plus vivant que pour tout ce que j’ai fait jusqu’ici. C’est pour cette raison que, cette fois-ci, je travaille d’après modèle, et pas seulement d’après mes dessins comme je le faisais d’habitude. Cependant les dessins me sont encore d’un grand secours et je continue à en faire beaucoup. J’en fais actuellement des centaines sous tous les angles imaginables pour qu’elle devienne ce que je voudrais qu’elle soit » [Ill. 2, 3 et 4].

[ill. 2] Aristide Maillol, Étude de face pour Harmonie, 1940, Fusain avec rehauts de craie blanche sur papier Boucher, H. 36 cm ; L. 21 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. © Jean-Louis Losi

[ill. 3] Dina de profil pour Harmonie, 1942, Fusain sur papier Boucher, H. 39 cm ; L. 27 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. © Jean-Louis Losi

[ill. 4] Dina posant pour Harmonie, vers 1941, Fusain sur papier, H. 36,7 ; L. 23,7 cm, Collection privée ; courtesy galerie Dina Vierny, Paris. © Jean-Louis Losi
ill 2. Aristide Maillol, Étude de face pour Harmonie, 1940, Fusain avec rehauts de craie blanche sur papier Boucher, H.36 cm; L. 21 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. ©Jean-Louis Losi
ill 3. Dina de profil pour Harmonie, 1942, Fusain sur papier Boucher, H. 39 cm; L. 27 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. ©Jean-Louis Losi
ill 4. Aristide Maillol, L’Action enchaînée, monument à Auguste Blanqui, avant 1937 (fonte), Bronze, H. 215 cm; L. 97 cm; P. 90 cm, Paris, Musée d’Orsay, dépôt aux jardins des Tuileries, 1964. © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski / Thierry Le Mage
ill 2. Aristide Maillol, Étude de face pour Harmonie, 1940, Fusain avec rehauts de craie blanche sur papier Boucher, H.36 cm; L. 21 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. ©Jean-Louis Losi
ill 3. Dina de profil pour Harmonie, 1942, Fusain sur papier Boucher, H. 39 cm; L. 27 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. ©Jean-Louis Losi
ill 4. Aristide Maillol, L’Action enchaînée, monument à Auguste Blanqui, avant 1937 (fonte), Bronze, H. 215 cm; L. 97 cm; P. 90 cm, Paris, Musée d’Orsay, dépôt aux jardins des Tuileries, 1964. © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski / Thierry Le Mage

[ill. 5] John Rewald, Dina Vierny posant pour la sculpture Harmonie dans l’atelier de Maillol à Banyuls-sur-Mer, mars 1941, Épreuve photographique, Paris, Archives de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol

[ill. 6] John Rewald, Un état de la sculpture Harmonie, dans l’atelier de Maillol, mars 1941, Épreuve photographique, Paris, Archives de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol
Alors qu’il n’utilise que très peu le modèle dans la genèse de ses œuvres, pour ne pas simplement imiter le modèle et s’appuyer sur son imigination, Maillol demande cette fois à Dina Vierny (1919-2009) de poser pour lui pendant toute la durée de sa création de l’œuvre [Ill. 5].
Utiliser la nature comme référence représente donc un territoire inexploré pour lui depuis Le Cycliste (1911-14). Malgré son désir de sculpter une figure immobile, comme il en a l’habitude, il souhaite cette fois insuffler une dynamique de mouvement. Cependant, l’artiste fait face à de nombreuses difficultées. Il a du mal à capturer la silhouette en forme de S de Dina Vierny, qu’il trouve particulièrement délicate à retranscrire. Son intention est de déséquilibrer la statue en élevant légèrement l’épaule droite au-dessus de la jambe d’appui, et en inclinant le torse du côté de la hanche la plus basse.
Maillol utilise également de très nombreux croquis de la jeune fille allongée sur un divan et fait appel à d’autres modèles pour certaines parties du corps. Pour les jambes, il se référe à celles d’un autre modèle, une certaine Thérèse qu’il avait dessinée auparavant. Ces études sont affichées au mur, ce qui lui permet de les avoir constamment sous les yeux tout au long de la journée pendant qu’il crée.
Maillol réalise pour cette sculpture une femme debout, sa jambe gauche légèrement fléchie et son épaule droite en avant avec la tête inclinée vers le sol, donnant l’impression qu’elle ferme les yeux [Ill. 6]. Il est possible que Maillol se soit inspiré de l’art khmer qu’il admire, notamment dans l’expression du visage [Ill. 7].

[ill. 7] Auteur inconnu, Portrait du roi Jayavarman VII, fin du XIIe- début du 13e siècle, Asie du Sud-Est, Grès, H. 42 cm ; L. 25 cm ; P. 31 cm, Paris, Musée Guimet, Inv. P 430. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Michel Urtado
Alors qu’il n’utilise que très peu le modèle dans la genèse de ses œuvres, pour ne pas simplement imiter le modèle et s’appuyer sur son imigination, Maillol demande cette fois à Dina Vierny (1919-2009) de poser pour lui pendant toute la durée de sa création de l’œuvre [Ill. 5].
Utiliser la nature comme référence représente donc un territoire inexploré pour lui depuis Le Cycliste (1911-14). Malgré son désir de sculpter une figure immobile, comme il en a l’habitude, il souhaite cette fois insuffler une dynamique de mouvement. Cependant, l’artiste fait face à de nombreuses difficultées. Il a du mal à capturer la silhouette en forme de S de Dina Vierny, qu’il trouve particulièrement délicate à retranscrire. Son intention est de déséquilibrer la statue en élevant légèrement l’épaule droite au-dessus de la jambe d’appui, et en inclinant le torse du côté de la hanche la plus basse.
Maillol utilise également de très nombreux croquis de la jeune fille allongée sur un divan et fait appel à d’autres modèles pour certaines parties du corps. Pour les jambes, il se référe à celles d’un autre modèle, une certaine Thérèse qu’il avait dessinée auparavant. Ces études sont affichées au mur, ce qui lui permet de les avoir constamment sous les yeux tout au long de la journée pendant qu’il crée.

ill 5 John Rewald, Dina Vierny posant pour la sculpture Harmonie dans l’atelier de Maillol à Banyuls-sur-Mer, mars 1941, Épreuve photographique, Paris, Archives de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol
Maillol réalise pour cette sculpture une femme debout, sa jambe gauche légèrement fléchie et son épaule droite en avant avec la tête inclinée vers le sol, donnant l’impression qu’elle ferme les yeux [Ill. 6]. Il est possible que Maillol se soit inspiré de l’art khmer qu’il admire, notamment dans l’expression du visage [Ill. 7].

ill 6. John Rewald, Un état de la sculpture Harmonie, dans l’atelier de Maillol, mars 1941, Épreuve photographique, Paris, Archives de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol

ill 7. Auteur inconnu, Portrait du roi Jayavarman VII, fin du XIIe- début du 13e siècle, Asie du Sud-Est, Grès, H. 42 cm ; L. 25 cm ; P. 31 cm, Paris, Musée Guimet, Inv. P 430. © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Michel Urtado
Les formes de cette sculpture sont cependant moins pleines que celles d’autres œuvres de l’artiste. Maillol déclare lui-même que cette œuvre est celle qui se rapprochait le plus de la nature. Elle est ainsi considérée comme son testament artistique, synthétisant l’expérience de toute une vie.
Durant cet ultime séjour à Banyuls, de nombreuses personnalités, dont l’historien de l’art John Rewald, lui rendent visite et en profitent pour s’intéresser à l’évolution de la sculpture. En mars 1941, Rewald a l’occasion de contempler la statue [Ill. 8]. Maillol lui expose alors son projet de façonner une main droite « autour de la poitrine et de laisser voir le téton virginal entre les barreaux formés par les doigts ». Malheureusement, cette idée n’a jamais été concrétisée, le sculpteur n’ayant jamais ajouté de bras à sa sculpture. En compagnie de Rewald, Maillol envisage d’intituler sa sculpture « La Rose de l’été » ou simplement « La Rose », en hommage à un dessin de Dina : « Je connais trois fleurs divines : la rose, l’œillet et Dina » [Ill. 9].

[ill. 8] John Rewald, Maillol, Dina Vierny et Madame Rewald à la métairie, Banyuls-sur-Mer, mars 1941, Épreuve photographique, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol
Les formes de cette sculpture sont cependant moins pleines que celles d’autres œuvres de l’artiste. Maillol déclare lui-même que cette œuvre est celle qui se rapprochait le plus de la nature. Elle est ainsi considérée comme son testament artistique, synthétisant l’expérience de toute une vie.
Durant cet ultime séjour à Banyuls, de nombreuses personnalités, dont l’historien de l’art John Rewald, lui rendent visite et en profitent pour s’intéresser à l’évolution de la sculpture. En mars 1941, Rewald a l’occasion de contempler la statue [Ill. 8]. Maillol lui expose alors son projet de façonner une main droite « autour de la poitrine et de laisser voir le téton virginal entre les barreaux formés par les doigts ». Malheureusement, cette idée n’a jamais été concrétisée, le sculpteur n’ayant jamais ajouté de bras à sa sculpture. En compagnie de Rewald, Maillol envisage d’intituler sa sculpture « La Rose de l’été » ou simplement « La Rose », en hommage à un dessin de Dina : « Je connais trois fleurs divines : la rose, l’œillet et Dina » [Ill. 9].

ill 8. John Rewald, Maillol, Dina Vierny et Madame Rewald à la métairie, Banyuls-sur-Mer, mars 1941, Épreuve photographique, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol

[ill. 9] Aristide Maillol, « Je connais trois fleurs divines : la rose, l’œillet et Dina », 1938, Sanguine et crayon noir avec rehauts de craie blanche sur papier à la forme, H. 23 cm ; L. 31 cm. Collection privée ; courtesy galerie Dina Vierny, Paris. © Jean-Louis Losi

ill 9. Aristide Maillol, « Je connais trois fleurs divines : la rose, l’œillet et Dina », 1938, Sanguine et crayon noir avec rehauts de craie blanche sur papier à la forme, H. 23 cm ; L. 31 cm. Collection privée ; courtesy galerie Dina Vierny, Paris. © Jean-Louis Losi

[ill. 10] Aristide Maillol, Étude de face pour Harmonie, 1940, Fusain avec rehauts de craie blanche sur papier Boucher, H. 36 cm ; L. 21 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. © Jean-Louis Losi

[ill. 11] Dina de profil pour Harmonie, 1942, Fusain sur papier Boucher, H. 39 cm ; L. 27 cm, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. © Jean-Louis Losi

[ill. 12] Dina posant pour Harmonie, vers 1941, Fusain sur papier, H. 36,7 ; L. 23,7 cm, Collection privée ; courtesy galerie Dina Vierny, Paris. © Jean-Louis Losi
ill 10. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm; L. 17 cm; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi
ill 11. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm; L. 17 cm; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi
ill 12. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm; L. 17 cm; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi
ill 10. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm; L. 17 cm; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi
ill 11. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm; L. 17 cm; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi
ill 12. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm; L. 17 cm; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi
Lors d’une conversation avec Maillol, Rewald suggère le nom « Harmonie » pour la statue, une proposition que Maillol retiend finalement. L’artiste travaille énormément sur cette sculpture, ajoutant et retranchant des éléments, polissant sans relâche, toujours en quête de perfection. Il réalise plusieurs états en plâtre, mais la plupart sont détruits. Trois états en pied avec tête [Ill. 10, 11 et 12], ainsi qu’un torse sans tête [Ill. 13] et un autre avec tête [Ill. 14], une tête utilisée comme modèle final pour la coiffure de l’œuvre [Ill. 15] et un masque [Ill. 16] sont préservés sous forme de plâtre original. À l’exception du masque, toutes ces variations sont fondues en bronze après la guerre. Malgré les années de labeur consacrées à Harmonie, la sculpture ne fut jamais achevée.

[ill. 14] Torse de Dina, 1943. Bronze, fonte Emile Godard n° 1/6, H. 123 cm ; L. 41 cm ; l. 35 cm, Paris, Galerie Dina Vierny. © Jean-Alex Brunelle

[ill. 16] Willy Maywald, Dina, Épreuve photographique, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol

[ill. 13] Étude pour Harmonie, 1940-1944, Bronze, fonte Emile Godard n° 1/6, H. 91,5 cm ; L. 32 cm ; l. 25 cm, Paris, galerie Dina Vierny. © Jean-Louis Losi

[ill. 15] Tête de Dina pour Harmonie, 1943, Bronze, fonte Claude Valsuani n° 6/6, H. 24,5 cm ; L. 20,5 cm ; l. 22 cm. Collection privée ; courtesy galerie Dina Vierny, Paris. © Jean-Alex Brunelle
“ Malgré les années de labeur consacrées à Harmonie, la sculpture ne fut jamais achevée.”

ill 13. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm ; L. 17 cm ; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi

ill 14. Aristide Maillol, Se voilant les yeux, vers 1900, H. 20,6 cm ; L. 17 cm ; P. 6,5 cm, Terre cuite, Paris, Fondation Dina Vierny – Musée Maillol. © J.-L. Losi
ill 15. Tête de Dina pour Harmonie, 1943, Bronze, fonte Claude Valsuani n° 6/6, H. 24,5 cm; L. 20,5 cm; l. 22 cm. Collection privée; courtesy galerie Dina Vierny, Paris. ©Jean-Alex Brunelle
ill 16. Willy Maywald, Dina, Épreuve photographique, Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol
“ Malgré les années de labeur consacrées à Harmonie, la sculpture ne fut jamais achevée.”
Le fait qu’Harmonie soit dépourvue de bras ne résulte pas d’une décision délibérée de l’artiste, car Maillol les avait bien prévus. Lorsque Henri Frère lui rend visite à Banyuls en 1944, Maillol lui annonçe qu’il ne rajouterait pas de bras à son œuvre. Il explique : « Je les mettrai à la fin seulement. Si je mets les bras, je ne puis pas faire la statue. Ils me cachent tout. Comment voulez-vous que je fasse ce côté ? Et celui-là ? S’il y a les bras, je ne vois plus rien ». Cependant, l’artiste n’est pas pleinement satisfait du résultat.
Comme à son habitude, Maillol prend son temps et laisse son travail mûrir, parfois en le mettant de côté. Il ne passe ainsi pas moins de quatre années sur cette sculpture. Il aime observer des photographies de sa statue pour prendre du recul sur son œuvre, demandant même à ses amis de les développer pour son usage. Il déclare un jour à Henri Frère : « Alors, ces photos, vous les avez développées ? Elles me seront utiles, elles me servent à me rendre compte ». Parfois, il se réfère à ces photos pour guider son travail.
Par ailleurs, Dina Vierny, son modèle principal, n’est pas toujours présente et Maillol se plaint de son absence. Bien qu’elle dédie une grande partie de son temps à Banyuls pour des séances de pose, elle voyage également souvent à Paris, Marseille, Lyon et dans d’autres villes malgré la guerre. Impliquée dans la Résistance, elle est emprisonnée plusieurs mois mais libérée grâce à l’intervention du sculpteur Arno Breker, à la demande de Maillol.
Le 15 septembre 1944, alors que Dina Vierny est à Paris pour participer à la Libération, Maillol souhaite rendre visite à son ami artiste Raoul Dufy à Perpignan, mais est victime d’un accident de voiture avec le docteur Nicolau qui le conduisait. Maillol se retrouve avec la mâchoire fracturée et décéde chez lui à Banyuls des suites de ses blessures le 27 septembre. Comme un ultime souhait de continuer sa sculpture, croyant Dina Vierny une nouvelle fois en danger et voulant la faire libérer, il écrit d’une main hésitante sur les dernières pages de son carnet, ne pouvant plus parler : « Mon modèle est aussi arrêté ».
L’œuvre Harmonie reste donc inachevée, mais elle incarne la quintessence de la pensée artistique de Maillol, rassemblant en elle-même la somme de ses créations et l’émotion de ses dernières années passées dans son pays bien aimé.
Le fait qu’Harmonie soit dépourvue de bras ne résulte pas d’une décision délibérée de l’artiste, car Maillol les avait bien prévus. Lorsque Henri Frère lui rend visite à Banyuls en 1944, Maillol lui annonçe qu’il ne rajouterait pas de bras à son œuvre. Il explique : « Je les mettrai à la fin seulement. Si je mets les bras, je ne puis pas faire la statue. Ils me cachent tout. Comment voulez-vous que je fasse ce côté ? Et celui-là ? S’il y a les bras, je ne vois plus rien ». Cependant, l’artiste n’est pas pleinement satisfait du résultat.
Comme à son habitude, Maillol prend son temps et laisse son travail mûrir, parfois en le mettant de côté. Il ne passe ainsi pas moins de quatre années sur cette sculpture. Il aime observer des photographies de sa statue pour prendre du recul sur son œuvre, demandant même à ses amis de les développer pour son usage. Il déclare un jour à Henri Frère : « Alors, ces photos, vous les avez développées ? Elles me seront utiles, elles me servent à me rendre compte ». Parfois, il se réfère à ces photos pour guider son travail.
Par ailleurs, Dina Vierny, son modèle principal, n’est pas toujours présente et Maillol se plaint de son absence. Bien qu’elle dédie une grande partie de son temps à Banyuls pour des séances de pose, elle voyage également souvent à Paris, Marseille, Lyon et dans d’autres villes malgré la guerre. Impliquée dans la Résistance, elle est emprisonnée plusieurs mois mais libérée grâce à l’intervention du sculpteur Arno Breker, à la demande de Maillol.
Le 15 septembre 1944, alors que Dina Vierny est à Paris pour participer à la Libération, Maillol souhaite rendre visite à son ami artiste Raoul Dufy à Perpignan, mais est victime d’un accident de voiture avec le docteur Nicolau qui le conduisait. Maillol se retrouve avec la mâchoire fracturée et décéde chez lui à Banyuls des suites de ses blessures le 27 septembre. Comme un ultime souhait de continuer sa sculpture, croyant Dina Vierny une nouvelle fois en danger et voulant la faire libérer, il écrit d’une main hésitante sur les dernières pages de son carnet, ne pouvant plus parler : « Mon modèle est aussi arrêté ».
L’œuvre Harmonie reste donc inachevée, mais elle incarne la quintessence de la pensée artistique de Maillol, rassemblant en elle-même la somme de ses créations et l’émotion de ses dernières années passées dans son pays bien aimé.
Musée Maillol, 2021
Mentions légales | CGU | Données personnelles | Gestion des cookies
Musée Maillol, 2021
Mentions légales | CGU | Données personnelles | Gestion des cookies
Musée Maillol, 2021
Musée Maillol, 2021